Le maire MoDem de Pau François Bayrou a affirmé mercredi sur RMC que les passeurs en Méditerranée étaient coupables de « crimes contre l’humanité », après les récents naufrages d’embarcations de migrants.

 

Parlons du casse-tête du moment, à savoir ces migrants qui tentent de fuir soit la guerre soit la misère, soit les deux. Ces migrants tentent de traverser la Méditerranée, il y a eu ce drame le weekend dernier : 800 personnes noyées au large de la Libye. La France doit-elle réparer ce qu’elle a provoqué en Libye à savoir le chaos en faisant tomber le régime Kadhafi ? Doit-on se sentir coupable ? 

On doit en tout cas se sentir responsable. La décision qui a été prise à l’époque – entre nous, légèrement, sans réfléchir – distinguons : il était légitime d’intervenir pour protéger Benghazi, j’étais monté à la tribune de l’Assemblée pour dire sur Benghazi c’est bien, maintenant comment vous allez sortir à la fin de l’opération ? Cette question-là qui n’a pas fait l’objet d’un début de quart de commencement d’ombre d’esquisse de réponse, rien. Elle a provoqué l’une des plus grandes catastrophes géopolitiques que l’on puisse imaginer parce qu’elle a jeté dans la nature des milliards de dollars d’armes, donc on a déstabilisé un peu plus, créé du chaos et on a du intervenir au Mali. On a bien fait, j’ai soutenu cette intervention au Mali, on aurait à mon sens, très mal fait d’intervenir en Syrie. Je me suis opposé à un accord qui était franchement assez général puisque Nicolas Sarkozy demandait que l’on bombarde, François Hollande demandait que l’on bombarde.

Peut-être que l’on aurait dû le faire, Assad ne serait là aujourd’hui. 

Si Assad n’était plus là aujourd’hui, je craindrais les djihadistes à la place.

Les djihadistes se sont renforcés à cause du pourrissement de la situation. Au début c’était l’aile laïque qui combattait. Les Français vont reparler à Assad très vite. 

On parlait des chrétiens d’Orient, je ne connais aucune des minorités dans cette région qui partage le sentiment qui est celui dominant parmi les responsables politiques français.

C’est trop tard maintenant. Maintenant, qu’est-ce que l’on fait, François Bayrou ? Maintenant qu’il y a eu des dégâts de fait, qu’est-ce que l’on fait ? 

Simplement, focalisons-nous une minute sur ce qu’il se passe sur les côtes libyennes. Cela relève de plusieurs choses : d’un crime contre l’humanité – je suis étonné que ces trafics d’êtres humains ne soient pas encore classés comme crimes contre l’humanité, le Parti démocrate européen dont je suis l’un des 2 présidents avec Francesco Rutelli l’a proposé.

Les passeurs doivent être traduits devant une Cour internationale ?

Oui, ils doivent être condamnés et sévèrement punis parce que c’est épouvantable. Ces pauvres gens qui meurent noyés, on leur a demandé des milliers de dollars pour monter à bord des bateaux où ils se trouveraient ensuite piégés. Quelle est la stratégie de ces gens là ? Elle est très simple : « on va vous faire monter dans des rafiots pourris et quand ils seront sur le point de couler, les Européens viendront vous repêcher parce que c’est les lois de la solidarité internationale et vous serez donc des émigrants acceptés ». Vous voyez bien que d’une certaine manière c’est voulu. Cette mort là est voulue. Alors que peut-on faire ? Car c’est ça la question ! Premièrement, il faut que la démarche soit internationale, que l’ONU se bouge…

Donc pas seulement l’Europe ?

J’y viens. Une démarche internationale avec l’Europe en premier chef. Vous savez qu’on a une opération qui s’appelle Frontex. Frontex aujourd’hui – écoutez bien – c’est un budget inférieur à celui de la ville de Pau. On ne peut évidemment pas laisser entrer des milliers de migrants sur le territoire européen parce qu’on aurait une réaction de violence extrême contre eux, contre ces femmes et ces hommes. Il faut donc premièrement, qu’on surveille les cotes – on a suffisamment de satellites et suffisamment de moyens d’intervention électronique qu’on sait déployer pour surveiller les départs des centaines de kilomètres de cotes sensibles de Libye – deuxièmement, il faut imposer à ce qui reste des autorités libyennes qu’on soit armé pour rapatrier les gens qui partent. Parce que tout l’enjeu c’est qu’on ne sera pas obliger de les ramener, qu’on sera obligé de les prendre. C’est pour cela qui paient des milliers de dollars pour monter sur les bateaux ! Vous voyez qu’il y a là, toute une démarche de reconstruction qui devrait s’accompagner de la part des autorités internationales d’une influence pour que se créer une autorité à peu près légitime sur le sol déchiré de la Libye. Voilà à peu près ce qu’il faut faire.

On peut quand même accueillir un peu plus ces migrants ! On a 5 de l’Union Européenne sur 28 qui en accueillent. Ne pourrait-on pas se mettre d’accord pour qu’il y ait une répartition des migrants entre tous les pays de l’Union Européenne ? Il faut que l’Europe avance !

Vous avez en face de vous quelqu’un qui est pour que l’Europe avance.

Oui je sais et sur ce point je suis d’accord avec vous !

Mais il faut prendre garde à quelque chose. Aucune société humaine ne peut résister à des mouvements de populations venus de l’extérieur qui la déstabilise profondément. Dès l’instant que vous acceptez cela, en réalité vous acceptez que se développent des sentiments de rejet et de racisme à l’égard de ceux qui viennent et ceux qui sont déjà présents et font effort pour s’intégrer. Il faut faire extrêmement attention. L’équilibre d’une société c’est aussi un équilibre en terme de poids d’une population. Je ne pense pas qu’il soit réaliste de dire qu’il faille ouvrir les frontières. Un grand journal l’a dit ce matin : « il faut ouvrir les frontières et légaliser tout ça ». Je ne crois pas que ce soit une solution …

Qu’a-t-on à leur proposer ?

C’est la question ! Du chômage et des charges supplémentaires …

Une des pistes M. Bayrou, étant donné qu’ils paient leur traversée 5000 dollars, serait de rendre le visa payant et utiliser le bénéfice des ces visas pour renforcer le contrôle du travail illégal afin d’assécher les revenus de ces trafiquants.

J’avais autrefois des amis parmi les plus libéraux qui disaient qu’il fallait mettre la nationalité aux enchères. Des gens très sérieux qui disaient cela. Vous voyez à quel point cette affirmation peut être blessante pour des gens dans l’appartenance à la nation est le seul bien et seul motif de fierté. Dès l’instant où vous considérez en tant qu’ Etat, que votre souveraineté européenne ou nationale est aux enchères, alors vous avez une attitude blessante. Vous savez, il y des mouvements d’opinions qui pensent depuis longtemps que c’est bien d’ouvrir les frontières parce que cela fait de la main d’oeuvre pas chère. Tout cela est très choquant pour beaucoup de gens.