Compte-rendu du Café Démocrate

19 Janvier 2016 (Coutances)

Café Démocrate du 19 Janvier

Invité : Jean-Hugues Lorault, président des Jeunes Agriculteurs de la Manche

Sujet : Quelles solutions apporter à la détresse agricole ?

Le café démocrate, c’est un évènement au cours duquel un intervenant spécialiste d’un sujet vient échanger avec les participants dans une ambiance chaleureuse et interactive. L’objectif est d’apporter à l’auditoire des connaissances sur le thème abordé et grâce à la discussion, d’aboutir à des idées porteuses pour l’avenir.
Ce soir Jean-Hugues Lorault, le président des Jeunes Agriculteurs de la Manche, a fait profiter le public de son expérience en matière d’agriculture. Lui-même exploitant agricole, il est revenu avec nous sur les difficultés de la filière, et plus particulièrement sur les problématiques liées aux exploitations laitières.

Il est malheureusement récurrent d’avoir dans les informations des nouvelles concernant une « nouvelle » crise agricole. Il est néanmoins bon de rappeler que depuis 2015, les difficultés rencontrées par la filière agricole en matière de lait sont significativement différentes : de 1984 à 2015, des quotas régissaient les productions laitières et leurs achats par les transformateurs. La fin de ces quotas, quoique programmée de longue date, a transformé la situation et placé la France agricole dans une situation où les prix de vente du lait sont devenus trop bas : nombre d’agriculteurs se trouvent désormais face à des exploitations peu voire pas rentables.

Peut-on simplifier les crises agricoles au seul prix de rachat par les transformateurs ? Non. Sur cette question, il est cependant apparu que la concurrence à la vente des produits transformés entraînait une course à la baisse du prix d’achat de la matière première. Il semble donc nécessaire pour enrayer cette situation de restructurer profondément le secteur de la transformation en France dans lequel les opérateurs se trouvent trop nombreux. A seule fin de comparaison, l’Allemagne compte 3 grands trusts tandis que la seule Manche en compte 4 à elle seule.

Une autre piste sur cette question pourrait être liée au regroupement des entreprises agricoles dans la négociation des contrats d’achat de lait par les transformateurs. Cette action conjointe permettrait aux exploitants agricoles d’avoir davantage de poids pour négocier les prix face à des acteurs de la transformation ayant souvent une dimension nationale voire internationale.

Sur les questions spécifiques au lait, une piste de recherche a été lancée : peut-on caractériser le goût du lait de manière à le classer en crus, à l’image du vin ? Cette idée passerait par la création d’une unité de recherche  visant à inventer une nouvelle manière de garantir une bonne conservation ainsi que la sécurité alimentaire dans l’usage du lait, les méthodes actuelles ayant tendance à homogénéiser le goût du lait.

Sur un tout autre aspect, nous en sommes venus à parler de la reprise des exploitations agricoles. Le modèle français de l’exploitation agricole inclut généralement peu de salariés, ce qui constitue en soi un frein à la reprise. Outre la nécessaire baisse des charges sur la main d’œuvre dans ce domaine comme dans tous les autres et la transformation du système de retraite agricole, une piste intéressante est apparue concernant l’anticipation des cessions : l’intégration des jeunes au capital social des exploitations pour favoriser leur employabilité et la reprise, dans une situation progressive d’accès à la propriété.

Concernant l’aspect réglementaire, la France est l’un des Etats les plus contraignants vis-à-vis de l’agriculture, et ce malgré une tentative d’harmonisation européenne par le biais de directives et règlements. L’interprétation française de ces textes a entraîné un décalage vis-à-vis des marchés agricoles étrangers, qui s’il n’est pas gigantesque, est suffisant pour freiner l’exportation des denrées agricoles produites en France. Il est donc essentiel de réinterpréter les réglementations agricoles en France afin de donner au secteur agricole une meilleure compétitivité à l’étranger.

Concernant les marchés agricoles, il est de notoriété que les cours des matières premières ont une tendance à la baisse depuis maintenant quelques années. Cependant, les intrants dont les exploitations ont besoin pour fonctionner sont restés à des prix trop forts pour permettre une rentabilité correcte aux exploitations agricoles. Une piste pour redonner du souffle au monde agricole pourrait donc être d’encadrer le fonctionnement du marché des intrants, dans le but légitime de permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail.

Enfin, en lien avec cette question des intrants, nous avons rappelé que la Normandie est riche d’exploitations agricoles nombreuses et variées. A ce titre, il nous semble possible de parvenir grâce à la région à un système régional pour plus d’autonomie alimentaire : là où certains départements tels que la Manche sont assez spécialisés dans l’élevage, d’autres tels que le Calvados ont une forte tendance à la culture, par exemple de luzerne, qui constitue l’un des intrants aujourd’hui problématiques pour la filière.

Nous avons conclu cette riche rencontre avec une petite discussion autour du système de formation agricole en France. Réputé pour sa qualité et sa capacité d’adaptation, il constitue aujourd’hui un véritable succès en matière de formation. Comme tous les systèmes il compte des imperfections mais la France, et la Manche en particulier, peuvent aujourd’hui compter sur un outil performant pour préparer les exploitants agricoles de demain.

Romain Désiré dit Gosset

Président du Mouvement Démocrate de la Manche

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