Compte-rendu du Café Démocrate

24 Février 2016 (Saint-Lô)

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Invité : Guy Burel, représentant local d’Amnesty International

Sujet : Migrations et droits humains : quels droits pour les migrants, demandeurs d’asile et réfugiés qui arrivent en Europe et en France ?

Le café démocrate, c’est un évènement au cours duquel un intervenant spécialiste d’un sujet vient échanger avec les participants dans une ambiance chaleureuse et interactive. L’objectif est d’apporter à l’auditoire des connaissances sur le thème abordé et grâce à la discussion, d’aboutir à des idées porteuses pour l’avenir.
Ce soir Guy Burel, le représentant local d’Amnesty International, a fait profiter le public de son expertise en matière de droits humains. Il est revenu avec nous sur les différences entre migrants, demandeurs d’asile et réfugiés avant de nous parler de la situation actuelle en matière d’accueil de ces populations étrangères en France et en Europe.

Les nouvelles concernant la vague migratoire actuelle se succèdent dans les médias, et les termes se suivent sans toujours être utilisés à bon escient. Nous avons donc demandé des précisions concernant un certain nombre de termes :

  • Migrant: individu qui se déplace d’un pays à un autre ;
  • Réfugié: individu en dehors de son pays et qui craint un retour dans son pays ;
  • Demandeur d’asile: individu qui cherche la protection d’un autre pays que le sien et qui est en attente d’une décision ;
  • Clandestin: individu cherchant à se cacher ou à cacher sa situation irrégulière.

Parmi ces statuts, seul celui du clandestin est donc illégal.

Concernant la demande d’asile, elle dure entre 9 mois et 2 ans, procédure d’appel incluse. Etant donnée la durée de cette procédure, il est du devoir du pays sollicité de veiller à la scolarisation des enfants : dans une situation déjà difficile de déplacement forcé, les enfants doivent avoir des repères et une continuité dans l’éducation. Mais une fois que les enfants sont scolarisés, comment les arracher à ce semblant d’intégration en cas de refus de la demande d’asile? Derrière la longueur des procédures, il ne faut pas perdre de vue la dimension humaine des déplacés et donc leurs besoins : toit, alimentation, école, santé.

Actuellement, le monde porte 60 millions de déplacés, dont 19,5 millions sont reconnus réfugiés. 5,1 millions d’entre eux sont des réfugiés palestiniens, qui ont un statut particulier pour la simple raison que le traité international concernant la question migratoire est postérieur à la crise connue par le peuple palestinien.

Concernant la question des migrants syriens, qui constituent l’essentiel de la vague migratoire actuelle, nous nous sommes demandés quelle proportion des syriens en transit se trouvaient en Europe. Et quelle surprise nous avons eue : seuls 5% des réfugiés syriens arrivent en Europe, les 95% restants se répartissant dans les pays limitrophes de la Syrie : Turquie, Pakistan, Jordanie… Et alors qu’aucun pays européen ne figure parmi les 10 pays accueillant le plus de réfugiés, le Liban accueille à lui seul plus d’1,5 millions de déplacés, soit 232 réfugiés pour 1000 habitants : bien loin de la soi-disant invasion que connaît la France ! A titre de comparaison, l’Union européenne a accueilli environ 1 million de déplacés en 2015.

Les populations déplacées pour de longues durées, telles que la population syrienne, doivent faire l’objet d’une intégration afin de gérer la crise sur la durée et d’arrêter de poser des rustines sur un système dépassé par une situation dont on sait qu’elle va encore durer longtemps. Une solution qui a été proposée lors de nos échanges est de créer un statut collectif pour les migrants syriens, à l’image du statut qui avait été donné aux Français libres en Grande-Bretagne pendant les années 1940.

Quelle que soit la solution à la crise migratoire que l’Europe connaît, la réponse à l’accueil doit être européenne et non française, autrichienne ou grecque, car l’objectif de ces migrants est l’Europe et non un pays en particulier.

A noter que la France est mal perçue au niveau de l’accueil des réfugiés. L’Etat fait des annonces, mais les moyens financiers et matériels ne sont pas à la hauteur du défi. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) des Nations Unies organise mieux l’accueil des réfugiés dans les pays limitrophes à la Syrie que la France, comme le confirme le rapport du Conseil d’Etat du 23 Novembre 2015 qui considère qu’il existe des traitements inhumains à Calais.

Concernant l’accueil des réfugiés, que pouvons-nous faire ? Il convient déjà de se poser la question de la quantité de réfugiés à accueillir : faut-il privilégier de petites cellules pour favoriser leur prise en charge et leur intégration ou faut-il favoriser les grands groupes pour éviter un isolement linguistique et culturel ? Une solution pourrait être pour l’Etat de favoriser les petits groupes tout en apportant à ces personnes un apprentissage efficace et réel de la langue française, cet apprentissage pourtant essentiel se trouvant actuellement laissé au soin des associations.

Dans certaines localités on refuse d’accueillir ces étrangers, parfois pour des motifs martelés par certains partis conservateurs. Mais rappelons-nous qu’accueillir un étranger, c’est avant tout accepter un partage de culture et donc une richesse en soi. La France s’est bâtie sur ces échanges culturels, pourquoi faudrait-il arrêter maintenant ? D’ailleurs, les réfugiés déjà installés sont bien intégrés et les retours de ces localités sont positifs. Et si cet argument ne convint pas, il en est au moins un autre à prendre en compte : un ou deux élèves supplémentaires dans une classe sur le point de fermer, ce peut être une différence suffisante pour en permettre le maintien. Et l’on sait l’attachement des Français au maintien des structures de proximité.

Et quelle solution pourrait-on envisager pour éviter la discorde actuelle que connaît l’Europe autour de cette question ? Nous proposons de créer une police européenne des frontières, et de transférer la compétence souveraine en la matière des Etats à l’Europe, que ce soit au niveau des frontières terrestres ou maritimes, afin de gérer en amont l’accueil des migrants de tous horizons.

 

Sur un tout autre sujet, cette rencontre a également été l’occasion de discuter rapidement de la question de la binationalité, pour arriver à l’idée que ce sujet pourrait être résolu en Europe par l’émergence d’une nationalité européenne.

Romain Désiré dit Gosset

Président du Mouvement Démocrate de la Manche

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