Retrouvez l’intervention de Marielle de Sarnez, présidente de la commission des affaires étrangères, lors du débat sur l’avenir de l’Union européenne, en session de l’Assemblée nationale.

« Nous l’avons vu avec les nombreux intervenants qui se sont exprimés à notre tribune, notre débat est marqué, orienté, par le discours, à bien des égards, historique, qui a été prononcé par le Président de la République à la Sorbonne. Ce discours, pour beaucoup d’entre nous nous a été un grand moment.

Pas seulement parce que la vision de l’Europe qu’il exprimait là est en parfaite résonance avec celle que nous sommes nombreux à porter depuis longtemps.

Mais parce que l’élan, la clarté, la volonté qui s’y faisaient entendre signent – enfin ! – avec l’engagement personnel du Président de la République le retour de la France en Europe.

Et de cela, beaucoup de Français, bien au-delà de cet hémicycle doivent être fiers.

Car s’il est une certitude, c’est celle-ci : rien de grand, rien de majeur, rien de positif ne peut se faire en Europe, si la France ne le formule et l’entraîne. Quand il n’y a pas de projet français en Europe, il n’y a pas de projet européen du tout !

Il ne s’agit évidemment pas de décider tout, seuls ou même avec nos amis et partenaires allemands.

Mais c’est une évidence depuis la fondation de l’Union européenne, la France a une responsabilité particulière, une vocation : elle est au sein des peuples européens, celle qui inspire, qui propose, qui dessine une vision et un horizon.

Et jamais autant qu’aujourd’hui les peuples de l’Europe et l’Union qui les rassemble n’ont eu autant besoin de vision.

La dimension des défis, nous la connaissons tous : ce sont des défis à la dimension planétaire, qui attendent des réponses au bon périmètre, à la bonne hauteur.

Etre à la bonne hauteur, cela veut dire s’unir, se rassembler, pour peser sur la réalité, et agir ainsi sur l’équilibre du monde.

Et c’est bien cela la question : voulons-nous peser dans le monde, ou acceptons-nous que d’autres décident à notre place ?

Si c’était le cas, si chacun de nos pays décidait qu’après tout il valait mieux faire cavalier seul, alors nous perdrions tous ensemble ! Et nous perdrions l’essentiel : les valeurs que nous portons, notre modèle de société, notre mode de vie, tout cela qui est unique au monde, et infiniment précieux, c’est tout cela qui s’effacerait.

Voilà pourquoi il y a urgence !

Voilà pourquoi il faut changer le cours des choses !

Voilà pourquoi il nous faut agir. Agir vite et ensemble !

Agir ensemble pour affronter la compétition que porte en elle la mondialisation économique : il nous faut coordonner nos politiques industrielles, bâtir des champions européens, définir un calendrier volontariste d’harmonisation fiscale et sociale, nous doter des bons instruments de défense commerciale et d’une vraie et durable capacité d’investissement.

Agir ensemble pour maîtriser le changement climatique, accélérer la transition énergétique, afficher notre volonté commune de sortir d’une économie carbonée.

Agir ensemble pour la sécurité, pour mieux lutter contre la menace terroriste, ce qui veut dire capacité de défense autonome, culture stratégique partagée, agence européenne du renseignement, et parquet européen anti-terroriste.

Agir ensemble enfin pour construire un espace commun de l’asile et de l’immigration, et au-delà de la protection de nos frontières, initier une politique nouvelle avec l’Afrique et avec la Méditerranée.

C’est tout cela que le Président de la République a dessiné à la Sorbonne à l’intention des Français et de nos concitoyens européens.

Dans un moment où se multiplient, nous le voyons bien, les signes de division, pour la première fois depuis longtemps un chef d’État a présenté l’Europe non pas comme une contrainte, mais comme une attente, une chance choisie !

La seule chance en vérité.

Mais à tout cela il y a une condition. C’est que nous imposions la voix des peuples dans la construction de leur Union. Trop longtemps la construction européenne a été affaire d’experts et d’initiés. Or, l’Europe se brisera si elle ne sait pas faire place en son sein à la nécessité démocratique. C’est un enjeu démocratique majeur, car c’est le seul moyen de réconcilier les peuples avec l’idéal européen.

Et ceci, mes chers collègues, dicte la ligne que doit suivre notre Parlement. Soutenir auprès du Président de la République et du gouvernement l’élan refondateur de l’Europe, et faire que notre peuple citoyen devienne un acteur, non pas un spectateur, mais un acteur de la refondation de l’Europe ! ».

Romain Désiré dit Gosset

Secrétaire départemental du MoDem
Délégué fédéral des Jeunes Démocrates de la Manche