Nous vous invitons à découvrir l’intégralité du discours de clôture de l’Université de rentrée, prononcé par François Bayrou ce dimanche 1er octobre 2017.

Je vous demande si c’est vraiment la peine que je fasse un discours… Parce que au cours de ces trois jours, vous avez tout dit, vous avez bien dit, vous avez dit justement, dit profondément, ce qu’est notre attente, ce qu’est notre vocation. Ces trois jours on été riches et chaleureux, à l’image de toutes nos universités de rentrée, chaque année, sans aucune interruption. Vous avez peut-être noté que cette année, il n’y a pas beaucoup de mouvements politiques qui ont organisé une université d’été… Nous, oui ! Avec les membres du gouvernement. D’abord les nôtres : Jacqueline Gourault, Geneviève Darrieussecq, et puis Gérard Collomb, et puis Jean-Michel Blanquer… avec les parlementaires.

Nos amis En Marche qui sont venus nous rejoindre ce matin, mais surtout les parlementaires de nos groupes, le groupe de l’Assemblée nationale, du Sénat, dont vous avez noté que désormais, ils représentent toutes les générations, jusqu’à ceux dont l’âge commence par un 2, un 3, un 4, un 5, un 6 etc…

Nous avons besoin d’une conversation que j’avais très souvent dans ma jeunesse avec Valéry Giscard d’Estaing, qui disait… je pourrais l’imiter, mais je ne le ferai pas, par respect (rires). Il disait : « vous savez, l’âge d’un député devrait commencer par un 3, l’âge d’un ministre par un 4, l’âge d’un Premier ministre par un 5 et l’âge d’un président par un 6 ». Inutile de vous dire qu’à cette époque-là, il était dans la tranche d’âge correspondant à la fonction correspondante…

Mais il y a quelque chose de juste dans tout cela. Contrairement à ce que parfois on lit ici et là, au cours de l’expérience politique, on apprend. Il y a des exceptions. Et nous avons élu l’une de ces exceptions président de la République française.

Il y a comme cela, dans l’histoire, des personnalités qui surgissent, sans doute croit-on parce qu’elles ont de la chance, mais aussi parce qu’elles ont en elles-mêmes quelque chose qui leur permet de sortir des parcours habituels, des sentiers battus, du moule dans lequel trop souvent nous sommes, aussi nombreux que nous sommes enfermés.

Nous avons vécu cette incroyable histoire ensemble. Nous sommes là aujourd’hui, non pas pour célébrer l’aventure que nous avons vécue, pour manifester l’aventure que nous avons vécue, mais aussi et surtout parce que le fait d’avoir participé à cette aventure nous donne une responsabilité. Et c’est cette responsabilité-là que je voudrais aborder devant vous.

Premier point, d’habitude, lorsque nous entrons dans une alliance, nous sommes obligés de faire des compromis, d’abandonner une partie de ce qu’on est, de ce qu’on croit. Et comme Marielle vient de le rappeler à l’instant, dans cette aventure-ci, dans cette histoire que nous avons écrite, ce qu’il y a de magnifique pour nous, c’est que nous n’avons pas abandonné une virgule de ce que nous croyons, de ce que nous pensons et de ce que nous avons défendu devant les Français tout au cours de ces dernières années et même de ces décennies !

C’est une chance formidable. Cela nous permet aussi – si vous me le permettez, devant vous – de souligner une rareté, une exception sans pareille. Vous êtes réunis dans cette salle et représentez des milliers et des milliers de militants français. Et ce qui se voit et ce qui s’est entendu pendant ces trois jours, ce que vous avez vérifié dans toutes vos conversations, c’est que vous formez le parti le plus uni de la vie politique française !

Je parle en tout cas du champ politique traditionnel, tel qu’il s’est développé depuis des décennies, avec les grands courants politiques du pays. Ces grands courants politiques existent. Tous sont divisés, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche. Ce sont des affrontements internes, qui ne sont pas nés d’aujourd’hui. Ils cheminaient. Depuis longtemps, ils étaient en train de ronger la maison-même à laquelle ils appartenaient. Et je suis très fier –au-delà de tout ce que je pourrais dire, et je pense que cela a joué un rôle déterminant dans le succès que l’un après l’autre vous avez célébré à l’instant- je suis très fier que nous n’ayons jamais laissé la division s’insinuer dans nos rangs. C’est parce que nous avions cette mentalité de commando, que j’ai si souvent rappelé devant vous, c’est parce que nous avions cette mentalité-là que nous avons pu affronter toutes les tempêtes, traverser tous les déserts, renverser tous les obstacles et que vous êtes là aujourd’hui comme un parti du gouvernement au centre de la vie politique française.

Nous sommes soudés. Cette unité, cette force qui nous rassemble a été éprouvée au travers du temps et des difficultés qui n’ont pas été minces, ni rares. Et je veux simplement dire, à mon tour, que celles et ceux qui s’expriment ce matin, ce sont eux qui ont tenu la barre à mes côtés et préparé ces succès.

Je veux le dire, même si Marielle et Marc l’ont dit très bien. Tous ceux-là, ils ont, sans jamais se séparer, maintenu non seulement une formation politique, mais un cap. Non seulement une structure, mais des idées. Et ils l’ont fait auprès de moi, alors je veux les remercier.

Je remercie Marielle de Sarnez, la première. Je remercie Marc Fesneau. Je n’oublie pas Michel Mercier, parce que c’est dans les mauvais temps qu’il faut être avec ses amis. Je remercie Yann Wehrling. Je remercie Jacqueline Gourault, non pas comme ministre mais comme vice-présidente du mouvement et militante. Je remercie Jean-Marie Vanlerenberghe, qui vient d’être réélu sénateur du Pas-de-Calais. Je remercie notre trésorier Jean-Jacques Jégou. Permettez-moi de préciser que ce n’est pas rien d’être trésorier d’un mouvement pauvre qui refuse de faire des dettes et qui, cependant, ne renonce à aucun des évènements qui font aujourd’hui la vie d’un parti politique.

Pardon à ceux dont je ne cite pas le nom et qui ne nous ont jamais quittés, que ce soient des militants, des bénévoles, ou des collaborateurs de notre mouvement.

Mais je voudrais que l’esprit de ce commando que j’ai décrit à l’instant inspire aussi la relève, toutes celles et ceux qui sont venus nous rejoindre, qui sont au Parlement désormais, les plus jeunes, parfois les très jeunes députés, qui forment notre groupe.

La division est l’ennemi public numéro un. Je le dis, à l’intérieur de notre mouvement politique, heureusement que nous avons su nous sauvegarder. Je le dis à l’intérieur de la majorité. Nous ferons tout pour qu’à l’intérieur de la majorité, la division ne s’immisce pas. Mais je le dis aussi plus largement au sein de la vie démocratique du pays.

La division est l’ennemi public numéro un. Nous avons tous su la conjurer au cours du temps. Les autres étaient plus forts, apparemment, plus nombreux, plus riches (ô combien), mais ils étaient divisés, chacun jouant sa carte. Ici, chacun joue la carte des autres, et tous ensemble, la carte de l’ensemble du mouvement.

Nous avons mené ce combat en réfléchissant depuis longtemps. Nous ne sommes pas un mouvement né spontanément. C’est une histoire. C’est pourquoi je veux dire que je suis très heureux qu’au premier rang de cette salle, il y ait mon prédécesseur à la tête de ce mouvement, Pierre Méhaignerie. Tout cela veut dire beaucoup.

Je suis très content qu’au premier rang de cette salle il y ait Jean-Louis Bourlanges, député des Hauts-de-Seine. Parce que tout ceci, Bruno Joncour l’a dit tout à l’heure entre les lignes, c’est un mouvement en expansion, en progression, qui sait d’où il vient et c’est pour cela qu’il sait où il ira.

Alors qu’est-ce qui nous différencie ? Je vais formuler des idées qui ne sont pas tout-à-fait classiques, mais c’est le plus profond de ce que je crois. Nous avons plusieurs lignes qui comptent.

La première, c’est non à la soumission, non à l’acceptation de la domination. Nous avons maintenu ce cap tout au long de ces années, en considérant que notre autonomie de pensée comme famille politique était un ferment indispensable pour que la vie démocratique prenne son plein sens.

Deuxièmement, la plupart des mouvements politiques croient qu’il faut chercher la victoire car elle permet d’imposer ses idées, et d’écraser les autres. Nous, nous croyons que ceux qui ne pensent pas comme nous n’ont pas à être écrasés, qu’ils ont toute leur place, que nous pouvons dialoguer, que nous pouvons échanger avec eux, faire avancer des idées… et que c’est cela, la vraie nature de la démocratie.

J’avais l’autre jour un échange avec une de mes filles à propos d’une tribune philosophique qui expliquait que le centre n’existait pas, qu’il n’y avait jamais eu de philosophes du centre, qu’il n’y avait que la droite et la gauche. Ma fille disait : « Quelle est cette obsession ? Pourquoi eux, dont nous acceptons l’existence, n’ont-ils comme unique idée celle de nous dénier le droit d’exister ? Comment cela se fait-il que nous acceptions qu’ils défendent leurs idées, et qu’ils prétendent que nous n’avons pas le droit de défendre les nôtres, en soutenant au demeurant que nous n’existons pas ou que nous n’avons pas vocation à exister ? »

Eh bien je prétends que cette différence fondamentale est fondatrice : le centre, ce sont ceux qui acceptent le pluralisme, qui acceptent que les autres existent, qui veulent bien débattre et combattre s’il le faut, et qui d’une certaine manière imposent que le dialogue soit plus riche que la lutte du blanc contre le noir.

C’est pourquoi, si vous réfléchissez, quand Emmanuel Macron s’est avancé dans la scène politique en disant qu’il souhaitait un mouvement et une campagne marqués par la bienveillance, on ne sait pas à quel point cela a eu de l’écho chez nous, chez moi. C’était moqué, souvenez-vous… par des chansonniers. Mais j’ai trouvé là qu’il y avait quelque chose d’extrêmement positif et heureux, qui faisait écho à ce que nous soutenons depuis longtemps dans les débats électoraux. Alors je suis heureux que l’on puisse rappeler quelle est notre vision du pluralisme. Accepter les autres, débattre, combattre s’il le faut, mais affirmer que ce n’est pas le simplisme d’un côté contre le simplisme de l’autre.

Troisièmement, nous pensons que la démocratie, c’est la responsabilité ! Nous pensons que, tous autant que nous sommes, militants de base, élus locaux ou nationaux, gouvernants, citoyens, sans pouvoir, sans avoirs, sans influence, nous sommes tous co-responsables de l’avenir du pays. Et que donc, la question n’est pas perpétuellement de se tourner vers les gouvernants pour les mettre en accusation, mais d’appliquer l’idée que John Kennedy avait, le premier, formulée : « ne vous demandez pas toujours ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous aussi ce que vous pouvez faire pour votre pays ».

Nous pensons que la nation est une richesse, mais que pour autant, la rencontre et le travail en commun, et le partage du destin avec d’autres identités et d’autres nations, est indispensable. Que la nation se réalise quand elle en rencontre d’autres, et qu’elle ne s’amoindrit pas quand (supprimer le « quand » !) en en rencontrant d’autres. Ce qui est au fond la base et la source de notre engagement européen, dont nous sommes tous heureux qu’il soit célébré à la Sorbonne.

Nous pensons, notamment, que la première mission de la politique, ce n’est pas l’asservissement des citoyens, mais c’est l’émancipation des citoyens. Que toute l’action publique doit servir à former des femmes et des hommes, des filles et des garçons, libres dans leur esprit. On appelle cela l’esprit critique, capable de juger. Que notamment la mission de l’école, c’est de bâtir l’esprit critique, la liberté de penser, la liberté de juger, la liberté de créer. C’est dans cette émancipation des citoyens que se trouve le but ultime que nous devons servir.

Nous pensons, pour autant, que les citoyens ne sont pas des individus : ils ne sont pas tout seuls. La politique ne consiste pas en un dialogue supposé direct entre les gouvernants et l’individu de base. Nous croyons aux corps intermédiaires. Nous pensons que les citoyens s’organisent, se soudent et s’entraident dans leur famille, et que c’est bien, et que plus les familles sont respectées et aidées, et mieux c’est. Nous pensons que les associations, c’est bien et c’est utile. Cela permet à la société de résister dans les coups durs. Je vous rappelle ici à ce sujet ma proposition de créer un statut de l’emploi associatif, qui permettrait de pérenniser la mission et le travail si précieux que les associations ont à accomplir dans une société comme la nôtre. Nous pensons que l’entreprise, c’est bien et qu’elle doit être soutenue. Nous pensons que les syndicats, c’est indispensable. Nous pensons que les partis politiques c’est bien, à condition qu’ils ne trahissent pas leur mission en passant leur vie à se diviser et à s’annihiler les uns les autres.

Nous pensons que la société n’est pas un rapport de forces, que ce n’est pas la loi du plus fort qui doit conduire la démocratie ou les sociétés comme les nôtres. C’est la loi du plus juste qui doit primer. Nous pensons que la confiance est le mot clef, qu’elle est libératrice et qu’elle permet de créer. Nous pensons qu’elle permet de faire naître des entreprises différentes dans tous les domaines où les hommes peuvent entreprendre. Nous pensons qu’il est mieux de penser la puissance publique comme un soutien que comme une entreprise perpétuelle de contrôle et de punition.

Et tout ceci, que j’ai énuméré en quelques mots, c’est une vision du monde. Je n’emploie pas le mot d’idéologie, parce que le mot idéologie enferme. Et que dès l’instant où l’on accepte cette démarche idéologique, alors on crée des dogmes dont on ne peut pas sortir sous peine d’excommunication. Mais cette vision est une vision du monde, un horizon. Et cette vision du monde a beaucoup compté lorsque l’hiver dernier, nous avons eu à faire le choix décisif lors de l’élection présidentielle.

Comme Gérard Collomb l’a rappelé assez justement, bien sûr, il y avait la possibilité que nous défendions nous-mêmes nos idées devant les Français. Cela aurait été notre vocation, sans aucun doute, cela aurait été agréable, enthousiasmant, mais nous avons conclu et j’ai conclu qu’au bout du chemin, si nous avions fait ce choix, alors nous garantissions l’échec de nos idées à l’élection présidentielle. Et il m’a semblé qu’il était plus juste et peut-être après tout, civiquement plus grand, de tendre la main et de proposer une alliance.

Emmanuel Macron est ce phénomène rare dans la vie politique d’un homme très jeune qui va atteindre en très peu de temps les plus hautes fonctions. Naturellement, il y avait beaucoup de doutes, au début, chez nous, parfois même chez moi (rires). Des doutes et des interrogations. Pourquoi le nier ? Lorsque l’on voit sortir des personnalités nouvelles, le premier sentiment c’est qu’on trouve souvent que la concurrence est déplacée… (rires) C’est d’ailleurs le cas aussi dans les circuits de distribution, comme les maires le savent bien, et les ministres du commerce aussi !

Mais nous avons considéré que ce que nous avions à défendre était plus important que notre propre intérêt ou envie immédiats. Nous avons pensé que ce geste montrerait aux Français qu’ils étaient devant un choix important et que dès lors que ce choix devenait possible, (supprimer « que ») que la victoire devenait possible. Et en quelques jours, en quelques heures, c’est cette alchimie qui s’est réalisée aux yeux des Français et qui a permis la victoire que nous cherchions depuis si longtemps.

Cette victoire-là nous oblige, elle nous engage.

Je veux vous dire une chose avec certitude, du plus profond de ce que je pense. Depuis la date de cette élection, depuis la date de cette alliance, et durant toutes les péripéties de ces derniers mois, je n’ai jamais, pas une seule seconde, regretté le choix que nous avions fait de nous allier à Emmanuel Macron et ainsi, de rendre la victoire à ce modèle politique possible pour les Français.

Comme on l’a entendu dans vos rangs ces trois derniers jours, nous ne nous sommes pas trompés ! Il suffit de lire l’interview approfondie du Point au début du mois de septembre, il suffit d’écouter le discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe. Il suffit d’avoir vu la fermeté et l’habileté que le président de la République française a manifestées face au président des Etats-Unis, Donald Trump. Il suffit de l’avoir vu surgir sur la scène internationale, prendre des positions originales et nouvelles. Il suffit d’avoir entendu et senti la fierté qu’un grand nombre de citoyens français éprouve d’avoir un président de la République qui, comme ils le disent, fait ce qu’il a dit qu’il ferait. Tout cela est pour nous extrêmement positif.

Notre rôle, dès lors, est clair et simple. Nous sommes là pour aider le Président de la République, aider le gouvernement, et ses ministres, dans l’action de tous les jours, mais aussi à définir et à construire, à faire entrer dans la réalité ce que je voudrais appeler devant vous le nouveau modèle français, aider le gouvernement, avec Jacqueline Gourault, avec Geneviève Darrieussecq, participer pleinement à la majorité, mais aider à définir le modèle que la France va se proposer à elle-même et va proposer au monde. Je voudrais vous dire un mot de cette idée.

Je crois profondément que la France, avec son histoire, avec son ADN, avec son passé, a un besoin vital d’être et de proposer un modèle. Mon sentiment est que dans les dernières années, dans les dernières décennies, peut-être, la France, comme réalité et conscience historique, a immensément souffert de ne plus apparaître comme un modèle proposé à ses enfants et au monde. Nous étions devenus banalisés. Parce que nous avons été une nation très importante dans le monde, parce que nous avons fait, vécu, et pour quelques-uns, subi la Révolution française, parce que la IIIè République, parce que la guerre de 1914 ou de 1940, parce que l’immense aventure européenne après la guerre, avec les grandes idées de communauté européenne de Défense ruinées par notre faute… C’est la France qui a proposé, puis ruiné l’idée d’une communauté de Défense. Puis la construction économique, et tout ce que porte l’idée européenne… Parce que nous portons cela dans notre conscience collective, alors nous avons besoin d’avoir un idéal, une inspiration, à proposer au monde et à nos enfants. C’est en réalité la même chose.

C’est d’autant plus important dans un monde où les crispations, les tsunamis de remise en cause, sous toutes les latitudes, débouchent sur les intégrismes. Par milliards de citoyens du monde. Sur les nationalismes, sur les guerres de tribu à tribu, sur le retour des racismes.

Peut-être avez-vous vu cette nuit sur les réseaux sociaux, le propriétaire d’une franchise dont un des joueurs de basket avait exprimé un jugement sur l’action de Donald Trump, cet homme qui est un milliardaire, a dit qu’il n’aurait jamais cru qu’à l’occasion d’un incident démocratique comme celui-là, il puisse recevoir un tel tombereau d’injures racistes. Il a dit : « je n’aurais jamais cru, moi, citoyen américain, que de ma vie je pourrais lire de telles horreurs ».

Tout cela, ce vent mauvais, chemine. Tout cela déclenche des troubles infinis dans les sociétés, dans les familles, dans les consciences. Il nous revient, si nous pouvons, avec les armes qui sont les nôtres, avec un président de la République qui saisit l’importance de ces choses, et nous, qui sommes là pour l’aider, il nous revient d’essayer de répondre à cette question fondamentale du sens que nous devons donner à notre vie en commun, du sens que nous devons donner à l’avenir de la société française, et du sens que la France peut proposer à l’Europe et au monde.

Je ne veux pas apparaître chauvin, mais pourquoi le discours d’Emmanuel Macron a-t-il eu un tel écho au sein de l’Union européenne et auprès des intellectuels ? Ce n’est pas seulement parce qu’il y avait de la force et de l’élan, que nous avons salués. Certaines idées avaient déjà été évoquées avant, y compris, au sein de notre propre mouvement. En réalité, il y avait une autre raison : quand il n’y a pas de projet français en Europe, il n’y a pas de projet du tout. C’est comme cela. C’est l’Histoire.

Je ne veux pas dire que le projet français doit s’imposer seul contre les autres, c’est une stupidité. Ni même, un projet franco-allemand qui s’imposerait à tous les autres, comme c’était l’idée d’un précédent président de la République. Un projet est fait pour entraîner. Et le fait que soit apparue ainsi sur la table une pensée cohérente, enthousiaste et ferme, cela réoriente la pensée des autres pays européens. C’est notre mission, c’est comme cela.

Méfions-nous. Si nous ne remplissons pas cette mission, elle peut s’étioler, jusqu’à s’effacer. Mais si nous la remplissons, alors, nous retrouvons la vocation qui est celle de l’histoire et de la République française.

Tout ceci nous oblige, si nous voulons penser à un modèle, à réussir dans l’entreprise qui est la nôtre de reconstruction de notre pays, de sa société, de son économie, de sa démocratie, de ce qu’il peut apporter à ceux qui l’entourent et au fond, de la reconstruction de notre pays pour nos propres enfants.

Je vais aborder rapidement les quatre grands défis qui sont devant nous.

Le premier est la question économique. On voit bien le projet qu’Emmanuel Macron a choisi de porter et qu’il incarne : rendre à notre économie son dynamisme, sa créativité, sa souplesse, tout ceci étant nécessaire pour la réussite, soutenir le monde de l’entreprise, notamment dans le secteur du numérique, des usines de l’avenir. Songez à la révolution pour la production que va être celle des imprimantes 3D. On construit des maisons, désormais, avec ces imprimantes, fabriquées et produites de cette manière-là.

Mais aussi le soutien aux chercheurs de l’université ou des laboratoires, à la recherche de brevets, à la fondation d’entreprises. C’est fait, on le voit, ça va dans le bon sens…

Le modèle économique repose sur l’idée que désormais, les entrepreneurs vont retrouver la confiance car ils savent que nous allons leur ouvrir des souplesses supplémentaires. Je trouve que c’est fondamental, il est donc juste de soutenir cette politique.

Deuxième grand chapitre, au-delà du projet économique : le modèle social. Je pense qu’il est impossible de réussir une action économique de long terme si la société française n’a pas en même temps le sentiment que cette action repose sur une haute idée de la justice. La condition de l’efficacité durable, c’est la justice.

Si à l’intérieur d’une société, le sentiment est que l’efficacité est obtenue au détriment de la justice, alors, je vous le dis, en France, ce serait en échec. J’ai dit, en France. Toutes les sociétés ne sont pas les mêmes, mais la France a un besoin vital de ce sentiment de justice, de modèle social. Chez les autres, parfois dans des sociétés géographiquement très proches, on considère souvent que le chacun pour soi est légitime. Chacun sa chance et chacun sa réussite. Et puis après on peut inventer des charités, qui permettent que ceux qui ont mieux réussi donnent aux autres.

Ce n’est pas notre modèle. Ce n’est pas le modèle français. On se tromperait beaucoup si l’on oubliait que la France, ce n’est pas seulement la liberté. Ce n’est même pas seulement l’égalité. L’égalité des chances et des droits. Mais la France, c’est le seul pays au monde pour qui la fraternité ne peut jamais être un mot ringard. Ce n’est pas un rêve de bien-pensance.

Tout se tient : c’est pourquoi les engagements exprimés ces derniers jours sont, à nos yeux, très importants. Sans volonté de justice, sans certitude que la justice est prise en compte dans les décisions publiques, alors, il n’y a pas d’unité du pays, alors il n’y a pas de réunion des forces de la société, ni de réussite économique ou de recherche, pas de réussite du pays et donc moins de réussites individuelles, pas de confiance. Alors, triomphent les divisions et les ressentiments. C’est un ensemble. Tout va du même pas.

C’est pourquoi je l’ai dit au Président de la République, le projet social de la France est la clé de la réussite collective.

Je veux que nous fassions preuve de lucidité. Le projet social antérieur ne pouvait pas marcher, tant il avait fini par se rabougrir, s’effriter de l’intérieur. Il était ruiné, car il se résumait à l’assistance. Il s’est révélé dans un grand nombre de cas être un projet de relégation.

Cela ne suffit pas de donner un minimum vital aux gens si vous ne faites pas ce qu’il faut pour qu’ils se réinsèrent de leur propre mouvement dans la société où ils doivent avoir leur place, car notre projet social doit être fondé sur l’autonomie, sur le parcours de chacun vers l’autonomie, sur le refus de la dépendance, en tout cas, vers la réduction de cette dépendance, même si pendant un temps cette dépendance peut être nécessaire.

Il doit être fondé sur l’idée de progression : « mon métier, je peux progresser à l’intérieur ». Très souvent, dans nos réunions, Marielle de Sarnez a dit cela : « au fond, ce n’est pas grave de commencer au SMIC quand on a vingt ans. Ce qui est grave, c’est de rester au SMIC toute sa vie ». Mes chers collègues, les maires, les exécutifs locaux, on sait bien cela. Ce qui nous manque, trop souvent, dans la gestion des ressources humaines, c’est la possibilité d’ouvrir des chemins de progression. Mon métier, mes revenus, mes enfants.

Vous savez bien ce qui a si terriblement changé, et qui est pour moi comme une souffrance personnelle et de tous les instants, c’est qu’il y a quelques décennies, chaque famille avait en elle cette idée que ses enfants pouvaient atteindre des situations qui étaient une progression vers le haut. Je n’aime pas l’idée d’ascenseur social, car à l’intérieur d’un ascenseur on est passif. Si, Jean-Michel Blanquer l’a dit, si l’école était si respectée à la maison, c’est parce que chacun des parents pensaitque là était la clef. Je parle de familles qui n’avaient ni argent, ni pouvoir, ni relations, ni influence. On pensait que par l’école, on allait trouver le chemin. La tragédie la plus profonde, c’est quand des parents se rendent compte que, alors qu’ils pensaient que les études étaient un passeport pour la réussite, elles n’ouvrent pas cette chance.

J’ai le souvenir d’une femme d’origine marocaine, à Pau, qui me racontait que son fils avait fait un doctorat de philosophie, bac +8, et qu’il n’avait même pas trouvé un travail de magasinier. Il a dû partir à Londres, car trouver un travail lui apparaissait impossible en France.

Cette question de la chance de réussite pour les enfants est une question sociale par excellence, c’est pourquoi j’ai attaché tellement de prix à l’orientation que le président de la République, le premier ministre et le gouvernement, ont assignée, avec Jean-Michel Blanquer. C’est très important pour moi comme citoyen, je ne dis même pas comme responsable politique ou père de famille, qu’on puisse s’attaquer à la question de l’égalité devant la culture. L’école, telle que définie ces dernières années, si on m’avait dit que c’était un gouvernement de gauche qui s’attaquerait aux sections européennes et aux humanités classiques du latin et du grec… j’ai souvent dit : si Jaurès, Blum, Victor Hugo, Voltaire vous avaient vus faire cela, ils seraient sortis de leur tombeau pour venir vous boxer !

Pourquoi ? Quand vous naissez dans le bon milieu, avec des parents qui ont cette culture, qui parlent la bonne langue, qui aiment lire, et vous aident à aimer lire, ce n’est pas grave, et même un peu sympathique, qu’à l’école on fasse de l’animation et du remue-ménage. Sans compter que tous les parents du monde, même les plus classiques, veulent que leurs enfants soient estimés, soutenus, bien jugés, car on sait que cela entraîne beaucoup plus loin que la sanction perpétuelle.

Quand vous êtes nés dans le bon milieu, cela va. Le problème porte pour ceux chez qui on ne parle pas bien, où on ne parle pas du tout, où il n’y a pas de lectures, où il y a une dépendance aux écrans. L’école doit fixer des buts, doit fixer des cadres à la connaissance, une culture générale qui va permettre dans la vie de se faire entendre. Si vous atteignez quelqu’un, ce n’est pas rien qu’il entende dans votre langage qu’il est capable de se faire respecter. Dans le monde numérique où nous sommes, on est assaillis d’informations. Google vous ouvre mille occurrences sur chacun des mots tapés. Seule la culture générale vous donne la carte et la boussole pour vous orienter dans cette jungle.

Et puis il y a d’autres aspects à ce modèle social. J’en cite deux. J’ai toujours été frappé de ce que, lorsque quelqu’un bénéficie d’une allocation minimale, il suffit qu’il se mette à travailler pour la perdre. Par conséquent, il redoute et renonce à travailler. Je connais des amis qui avaient des allocations d’adulte handicapé, à qui on a proposé une activité et un emploi, et qui ont refusé car ils allaient perdre leur allocation. Et c’est vrai pour beaucoup d’autres minima sociaux. Moi, je voudrais que notre modèle social permette d’entrer dans l’activité sans perdre tout de suite les avantages que l’on a, et qui permette ainsi quelque chose de cumulatif, et donc l’incitatif vers l’autonomie et le vivre ensemble.

Autre exemple, et je m’arrêterai là : des gens qui bénéficient des aides au logement et décident, par crainte de la solitude, de se mettre ensemble, on coupe l’aide à ces gens-là. On pourrait les baisser, j’accepterais cela. Vivre tout seul avec 650 euros par mois, c’est impossible. Mais si on est trois à cumuler les 650 euros, on vit comme une famille. Mais vous voyez… quelque chose qui soit incitatif à sortir de la relégation dans laquelle notre univers enferme ceux qui n’ont pas eu la même chance que les autres.

Dans la vie, la si belle idée d’offrir une deuxième, voire une troisième chance, c’est un des changements les plus profonds qu’on puisse apporter à la société française.

Tout cela est un projet social.

C’est la responsabilité personnelle du Président de la République de prendre en charge, de formuler pour les Français le projet social de la France : tout le monde a compris qu’il avait conçu et qu’il portait un projet international, un projet européen, un projet économique. Il faut qu’il prenne à bras le corps et qu’il porte un projet social, à l’usage de ses concitoyens et du monde qui nous regarde.

Sur ce projet social, nous devons avoir des remarques et des exigences. Je veux en citer deux.

La ligne de la campagne d’Emmanuel Macron sur l’ISF, nous la connaissons bien, nous l’avons définie ensemble. Cette ligne était juste : l’économie française a besoin d’investissements. Les entreprises, les nouvelles usines, le numérique, les start-up, ont besoin d’argent. La France mettait des freins à l’investissement. Nous avons donc décidé que l’argent destiné à l’investissement serait exonéré de l’ISF. C’était donc juste et bien.

Mais le projet qui a été présenté n’est pas celui-là. C’est tout l’argent qui va être exonéré, sauf l’immobilier, y compris l’argent qui ne s’investit pas dans l’économie réelle, l’argent du luxe, l’argent des facilités, les lingots d’or, l’argent de la rente, l’argent dormant, qui ne s’investit pas dans l’économie réelle.

C’est la raison pour laquelle je suggère… – ils font ce qu’ils veulent, je ne suis pas le patron !… (rires) – que ceux qui sont intéressés par ce sujet travaillent dessus pour faire en sorte que l’exonération de l’ISF soit dirigée utilement vers l’argent qui s’investit dans l’économie réelle, et pas dans l’argent qui va ailleurs.

Ou alors, il fallait supprimer l’ISF ! Pourquoi imposer les maisons, le foncier, le bâtiment, alors qu’on exonère les lingots d’or et les yatchs ?

Nous avons une interrogation sur cette nouvelle définition de l’ISF. Ma conviction profonde est que cette interrogation est partagée profondément par les citoyens français, y compris par ceux qui ont voté par Emmanuel Macron.

Je donne une autre interrogation : la CSG.

Je sais très bien que c’était dans le programme. Emmanuel Macron a proposé de rééquilibrer l’allocation de ressources en direction du salaire réel des salariés, en demandant une participation aux retraités, dont tout montre que le niveau de revenus est aujourd’hui supérieur à celui de leurs enfants salariés.

Mais je veux le dire comme je le pense. Commencer le prélèvement de la CSG à des retraites de 1 200 euros par mois, ce n’est pas juste. Ce sont des tranches trop basses. Il faut trouver un équilibre. On me dit : « cela fera moins de ressources ». Mais si on vient de rétablir l’ISF, on peut peut-être rééquilibrer des ressources venues de la CSG, sur ce sujet.

Le projet européen, je veux en dire une chose centrale. J’ai été très heureux d’entendre Emmanuel Macron se situer comme un souverainiste européen. C’est une formule que nous avons portée, et c’est la formule la plus juste que nous puissions supporter.

La démocratie est faite pour que les peuples prennent en main leur propre destin. Ce qui est totalement erroné, fautif, et criminel, c’est de vouloir nous faire croire que la souveraineté doit être nationale. Elle ne peut plus être strictement nationale. La souveraineté doit être plus large, plus ambitieuse, plus fédératrice, que cela. La vraie souveraineté, c’est la combinaison de la souveraineté nationale et la souveraineté européenne.

L’Europe est une question de souveraineté. Qui veut parler de sécurité, de défense, de frontières, d’immigration, de politique industrielle, d’équilibre des territoires, de lutte pour l’environnement et le développement durable, dans le cadre de nos frontières hexagonales ? Qui est assez fou pour cela ?

Et donc je suis heureux que l’idée européenne ait repris, par l’intervention du président de la République, son statut véritable. Pas la place qu’on lui laisse à la fin des discours, quand on oublié l’Europe. Sur le fond, la question vitale de notre souveraineté est là en jeu.

Ce qui veut dire que l’échéance des élections européennes va être très importante. Il y a deux idées, pour le cadre de ces élections : la première, c’est que l’on essaie d’obtenir qu’à cette élection, un certain nombre de sièges soient élus sur des listes transnationales. Il faut pour cela de reprendre les sièges britanniques, et les transformer en sièges ouverts au débat politique européen. Les listes transnationales permettront aux européens de participer à un débat qui pour une fois ne sera pas localisé, mais pour l’ensemble de l’Union.

Qu’on puisse ainsi parler de défense, parler d’industrie, parler de nos standards sociaux, de nos aspirations. Mais permettre aussi que chacune de nos nations dise quelle est son idée de l’avenir européen, qu’elle demeure puissante, originale, identifiée, mais que le dessein commun apparaisse enfin ! Il faut que l’on rompe avec l’absurdité perverse conçue avec des élections européennes parcellisées en plusieurs régions totalement artificielles, dans lesquelles les députés européens n’habitaient même pas.

Je suis pour qu’on ait le courage de revenir à une circonscription nationale, pour qu’on puisse enfin avoir un débat à l’échelle véritable, qui est celle de la nation, qui choisit son destin et le type d’Europe dans lequel elle veut vivre.

Ainsi, nous serons ensemble, et en même temps, chacun affirmera sa propre volonté et originalité.

Dernier chapitre que je voulais aborder : le projet démocratique, pour vous dire ceci. La question de l’organisation de notre démocratie est la clef de voute de notre nouveau modèle français.

Car ce sont les vices de notre système institutionnel qui ont empêché la France de se préparer et de se renforcer comme elle aurait dû : la crise de notre pays, c’est la politique qui en est responsable ! La politique en est responsable car nous avions des règles qui conduisaient inéluctablement à l’échec.

Ce système hyper majoritaire et hyper centralisé conduisait à une seule chose : que toutes les oppositions n’aient qu’une seule idée, voir les gouvernements échouer. Nous n’avons pas posé les questions du long terme, ni des générations qui viennent. On ne peut pas me reprocher d’être favorable au système politique de la Chine, mais j’observe une chose : la Chine raisonne pour ses gouvernants à trente ans. Nous, nous ne raisonnons même pas à trente jours !

Pourquoi ? Parce que la tyrannie des sondages est ce qu’elle est. Mais surtout, la question qui se pose à tous les candidats ou députés en place est : à la prochaine élection, au scrutin majoritaire, il faut qu’on fasse tomber les gens qui se représentent… et si votre obsession, c’est de faire tomber les responsables du pays, aucune décision ne peut être prise. On se détermine toujours contre, et jamais pour. J’invite à ce qu’on quitte ce système absurde !

Et s’il faut quitter ce système politique absurde, il faut se poser la question que se sont posée tous les autres pays européens. Tous ont conclu qu’il fallait que le pluralisme des opinions soit représenté proportionnellement à leur influence, à l’intérieur des assemblées. Tous. Vingt-six sur vingt-sept. Seuls les anglais ne l’avaient pas fait.

Je vous demande de réfléchir au scrutin majoritaire à un tour anglais et à la décision du Brexit. L’un et l’autre sont intimement liés.

Si vous avez ce pluralisme des opinions, vous êtes obligés de discuter et de vous entendre, pour écarter ce qui porte atteinte à ce que vous croyez de plus précieux. J’étais très ami avec Helmut Kohl. Je lui demandais pourquoi chez eux, les institutions ne changeaient jamais. Il m’expliquait que : « Nous avons eu douze ans entre 1933 et 1945 pour penser à l’antidote qu’il faudrait pour éviter que ne se reproduise le malheur qui nous a abattus ». Alors pour ceux qui se posent la question du risque des extrêmes, ce mode de scrutin-là, qui permet un rassemblement de ceux qui veulent évacuer les plus dangereux, est enfin rendu possible par une règle qui change tout. Cela change parce qu’on est assurés d’avoir une voix, une place.

Il y a quelques années, une formation politique a obtenu 20% à l’élection présidentielle et s’est retrouvée avec deux députés à l’Assemblée nationale. Etait-ce juste ? Evidemment, cela ne l’était pas.

Cela a eu pour conséquences que ceux qui avaient les gros bataillons croyaient que nous n’existions pas. Ils se sont aperçus, depuis, que la réalité était un peu plus complexe.

J’approuve donc ce qui a été dit par Marc et Marielle sur le retour du Parlement, qui se mette à jouer son rôle. Mais vous mesurez bien que cette question sera une rude bataille, parce que les temps changent. Les temps changent. Mon idée était qu’on le fasse en même temps que les élections législatives, qu’on fasse un référendum le 18 juin, au deuxième tour des élections législatives. Cela n’a pas été possible, ou voulu. Le fait que la majorité du Sénat ait été amplifiée sur la ligne que vous savez rend difficile de remplir les obligations de la loi organique, qui régit les institutions parlementaires, car pour changer cette loi il faut l’accord du Sénat. Quelque chose me dit que cela ne va pas être si facile que cela et que le président de la République a une responsabilité très importante, qui est d’assumer le choix fondamental proposé aux Français le soir de son élection.

Quand je dis que cela va être une rude bataille, je mesure mes mots. Vous devrez y participer. Ne croyez pas que c’est quelque chose de technique et de secondaire. C’est la question même du changement de notre vie démocratique. C’est compliqué car les citoyens ne le voient pas. C’est une règle pour les étudiants de sciences politiques, mais c’est vital.

Ne cherchez pas ailleurs les causes de la situation de déséquilibre que nous connaissons.

J’ai fini, sauf un sujet.

J’ai toujours pensé que la question du centre politique en France était la question de son indépendance et de son unité, son rassemblement. Depuis des années, ce n’était pas possible, et vous savez les affrontements que nous avons eus. Il ne se borne pas au centre-droit, et il a aussi une composante de centre-gauche.

Je ne suis pas limité dans cette idée car je crois que ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous sépare. Certains d’entre nous sont partis à l’UMP, contre mon gré. D’autres sont partis et ont fondé l’UDI.

Il y a toujours eu la question de notre lien avec le parti de la droite. Il se trouve qu’hier, Jean-Christophe Lagarde a fait une déclaration : « Nos liens avec LR, c’est fini. C’est derrière nous. Plus jamais nous ne serons des supplétifs ».

Pardonnez-moi de vous le dire mais la mission qui est la mienne est de saisir les balles au bond. Il faut accepter de saisir les occasions, sans avoir rien oublié.

Mais si vraiment la déclaration du président de l’UDI est fondée, si vraiment, il a décidé qu’ils ne seraient plus des supplétifs, si vraiment il a décidé de se mettre en marche lui aussi sur la route de l’indépendance, alors il faut que nous en tirions les conséquences.

Et moi, je suis prêt à examiner toutes les possibilités de rassemblement, sous toutes les formes, du moment que l’indépendance devient le gage de l’unité.

Je ne céderai ni sur l’indépendance, ni sur l’unité, car les deux sont indispensables. Si cette chance est offerte, alors je promets que nous ne la laisserons pas passer, et que l’horizon, la perspective et le choix du rassemblement doit être sur notre agenda.

Nous n’abandonnerons rien de ce que nous sommes, de nos convictions, du caractère intraitable des positions qui sont les nôtres, mais ceci est peut-être une nouvelle manière de servir la France.

Romain Désiré dit Gosset

Secrétaire départemental du MoDem
Délégué fédéral des Jeunes Démocrates de la Manche