François Bayrou était l’invité du journal de 20h de TF1 ce jeudi 28 septembre 2017 et a répondu aux questions de Gilles Bouleau. Voici l’intégralité de l’interview.

Bonsoir François Bayrou. Vous ferez votre rentrée à Guidel, dans le Morbihan, après un assez long silence. Vous avez été ministre de la Justice, numéro 3 du gouvernement. Cela a duré 35 jours seulement. Vous avez dû quitter votre poste à la suite de l’affaire des emplois présumés fictifs de votre parti. Aujourd’hui vous êtes maire de Pau. Est-ce que vous avez renoncé à cette ambition nationale ?

Je suis très content d’être maire de Pau. C’est une très belle fonction et les élus locaux exercent une fonction indispensable en France. Pour le reste, je suis président d’un mouvement qui est le deuxième mouvement de la majorité, aujourd’hui le troisième groupe de l’Assemblée Nationale et naturellement, je ferai tout ce que je peux pour que la France réussisse et pour aider, corriger quand il faut, le gouvernement.

 

Vous dites parfois que vous avez fait élire Emmanuel Macron.

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est vous…

 

On vous l’a fait dire. Est-ce que vous êtes en contact avec lui ? Est-ce que vous échangez ? Est-ce que vous lui donnez des conseils ?

Bien sûr. C’est un dialogue qui s’est noué pendant la campagne présidentielle et aujourd’hui, nous avons tous ensemble – lui à la tête de l’État et ceux qui sont dans la majorité – la même responsabilité. Nous voulons que cette expérience nouvelle dans laquelle nous sommes entrés avec un homme jeune, décidé, et déterminé, réussisse, que les français y adhérent et le comprennent. Et pour cela, il y a d’abord à noter ce qui va bien. Emmanuel Macron a fait un discours sur l’Europe avant hier qui est un discours très important et très intéressant. Le gouvernement agit et très souvent dans le bon sens. Il faut maintenant que nous construisions le deuxième pilier de cette action. On a fait de l’action économique,  il faut construire maintenant un pilier social pour que les gens comprennent où l’on va. On vient de voir à l’instant des exemples de français qui ne comprennent pas ce qu’il se passe. Il faut leur donner une perspective, un horizon, un espoir pour eux et pour leurs enfants.

 

Ces retraités, à partir de 1200 euros de retraite mensuelle, vont payer plus de CSG. Il y a une quarantaine de députés MoDem à l’Assemblée. Vous allez dire à vos députés : amendez cette loi et faites remonter le curseur à 1400, 1500, 1700 euros ?

Comme vous savez, j’ai dit que 1200 euros, ce sont des retraites si basses qu’il me semble injuste qu’on les ponctionne.

 

Emmanuel Macron ne vous a pas écouté sur ce point là…

Vous savez le gouvernement propose et l’assemblée dispose. Les députés sont là pour cela. Je sais qu’un certain nombre d’entre eux ont la même inquiétude. L’efficacité, cela compte. Mais la Justice cela compte au moins autant. Et il faut que la Justice trouve son compte dans ces décisions.

 

Autre exemple : la suppression partielle de l’ISF. C’est une bêtise ? C’est une faute politique ? Ou il fallait le faire ? 

Il y a des choses qu’il fallait faire et il y a des choses qui ont été détournées un peu de leur sens. Je vais reprendre avec vous ce qu’était l’idée de cette mesure. Vous savez qu’en France, les œuvres d’art étaient exonérées. Hors l’argent qui s’investit dans l’économie réelle, dans les usines, il est au moins aussi utile que l’argent que l’on mettait dans les œuvres d’art. J’avais donc fait la proposition- et Emmanuel Macron l’a reprise – qu’on traite l’argent qui va dans l’économie réelle pour créer de l’emploi et qu’on le protège, qu’on le garantisse car cela va dans le sens de l’activité et de l’économie.  Mais il y a eu des glissements puisqu’aujourd’hui les lingots d’or vont être exonérés, les yachts de luxe aussi.

 

Comme dans tous les pays qui ont supprimé l’ISF…

Nous, nous ne faisons pas une suppression de l’ISF. L’argent qui s’investit dans les usines : oui. L’argent qui s’investit dans les coffres-forts : non. L’argent qui s’investit dans l’activité : oui. L’argent qui s’investit dans la rente : non. Et l’idée d’orienter l’investissement des français vers la réalité de l’économie, de la vie des emplois, ça, c’est une bonne idée. Peut-être à l’Assemblée pourra-t-on corriger ces orientations…

 

Donc vous demanderez aux parlementaires de contrôler chaque personne susceptible de payer l’ISF pour voir s’il a bien investi cet argent dans l’économie française ? C’est impossible. Il y a 300 000 personnes qui payent l’ISF en France…

Et les œuvres d’art comment vous faites ?

 

C’est déclaratif.

Voilà, ce sera déclaratif.

 

Juste pour revenir à votre sort. Revenons à cette histoire d’emplois fictifs…

Il n’y a pas d’histoire.

 

Cette affaire…

Il n’y a pas d’affaire.

 

La Justice le dira précisément. Il y a donc ouverture d’information judiciaire pour abus de confiance et escroquerie. Est-ce que vous avez été entendu par la Justice et est-ce que vous souhaitez l’être ? Je rappelle que c’est une affaire des emplois supposés fictifs d’assistants parlementaires du MoDem. 

Il n’y a pas d’emplois fictifs. Je n’ai pas été informé. Jamais. Je n’ai pas été entendu. Jamais. Ceux que je connais comme parlementaires européens n’ont jamais été de la même manière entendus parce qu’il n’y a pas d’emplois fictifs. Le jour où la Justice me le demanderait, je lui apporterais évidement tous les éléments sur ce point. Vous voyez à quel point les choses sont simples. Je vous assure que chez nous, il n’y a pas ce genre de pratiques.

 

Merci François Bayrou d’avoir accepté notre invitation et d’avoir répondu à toutes ces questions. 

Merci à vous.