Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l’Intérieur, était l’invitée politique ce matin de Guillaume Durand sur Radio Classique.

Madame Jacqueline Gourault est l’invitée politique de la matinale, je rappelle qu’elle est ministre de l’Intérieur derrière Gérard Collomb. Dans la brève biographie que je donnais tout à l’heure, Jacqueline Gourault, rappelant que vous étiez professeur, je rappelle aussi que vous êtes membre du model, très proche donc de François Bayrou. Ce matin, évidemment, tous les regards se dirigent vers Marseille, puisque c’est évidemment votre secteur d’intervention, il y a même des interrogations puisque le ministre d’Etat a dit hier qu’il était « circonspect sur l’aspect terroriste. » Est-ce qu’on est certain, après la revendication de Daesh, qu’il s’agit d’une affaire de terrorisme ?

Tout converge pour laisser penser que c’est une affaire de terrorisme, mais c’est le procureur Molins qui, d’ici quelques heures, va s’exprimer et dire si oui ou non cet attentat est qualifié de terroriste.

Dans cette affaire-là il y a deux aspects différents, c’est-à-dire que les deux femmes, on vient de l’apprendre, sont cousines, mais en même temps, donc au moment où ils les agressées, qu’ils les a massacrées, il a crié « Allah Akbar », donc est-ce qu’on ne peut pas tout simplement dire qu’à partir du moment où ce type de revendication vocale, devant des témoins, est prononcée, on est face à une affaire de terrorisme ?

Non, on ne peut pas le dire aussi simplement, parce que vous pouvez toujours avoir des gens un peu dérangés, qui veulent imiter, et qui ne sont pas, pour ça, dans une démarche particulièrement orientée ou qui relève du terrorisme. Mais, bon, encore une fois, tous les éléments convergent pour penser…

Notamment la revendication.

Notamment la revendication de Daesh, mais là aussi il faut vérifier.

Demain on va voir voter justement la loi de sécurité intérieure, est-ce que vous pensez que les principaux dispositifs de ce projet de loi, qui va devenir une loi, sont efficaces ?

En tout cas, aujourd’hui, au moment où se produit ce dramatique événement, avec la mort de ces deux jeunes filles, nous sommes toujours sous l’état d’urgence, et donc je dirais, le débat qu’il y a eu à l’Assemblée nationale, ces jours derniers, sur le thème de « il faut rester dans l’état d’urgence » ou « c’est mieux que de faire cette loi », eh bien on voit que malheureusement le terrorisme peut frapper, y compris dans cette situation d’état d’urgence. Mais nous pensons qu’on ne peut pas rester indéfiniment dans l’état d’urgence, qu’il faut maintenant que la France vive, je dirais dans un statut hors état d’urgence, mais en renforçant la sécurité. Et parmi les décisions que nous avons prises, il y a effectivement des garanties de sécurité supplémentaires. C’est difficile à dire…

Périmètres de protection…

Les périmètres de protection, les visites à domicile, les fermetures de mosquées, enfin, d’édifices religieux où il y a des propos qui sont outranciers. Alors, évidemment, tout cela est difficile à dire, aujourd’hui, ce matin, après la mort de ces deux jeunes filles, parce que c’est terrible et qu’on se dit qu’on est quelque part impuissant devant ces fous furieux, si je puis dire, mais en même temps il faut légiférer pour garantir au maximum la sécurité des Français.

Mais justement…

Je voudrais, peut-être, si vous le permettez, rendre hommage aussi aux policiers, aux gendarmes, aux marins-pompiers, qui ont été d’une efficacité très grande, même si ces deux jeunes filles sont mortes, il y avait beaucoup de gens à l’entrée de la gare Saint-Charles, et ce personnage aurait pu tuer d’autres personnes, et donc il a été arrêté par les Sentinelle qui étaient là…

Vers lesquels il s’avançait.

Les militaires Sentinelle vers lesquels il s’avançait. Et parfois, vous voyez, on a critiqué les militaires Sentinelle, eh bien on voit l’efficacité de leur rôle.

Dans une situation qui tourne à l’israélienne, c’est-à-dire que nous avons effectivement des attentats de ce type, alors il y a eu des attentats à la voiture, il y a des grands attentats effectivement, il y a des attentats qui sont déjoués, mais est-ce que vous croyez par exemple… d’abord, est-ce que le préfet de la région va décider que la région, maintenant, va devenir un périmètre de protection ce matin ?

Non, bien sûr que non. Les périmètres de protection sont créés pour des événements importants, exceptionnels. Je vous prends des exemples. On va vers l’hiver, vers Noël, il y aura des marchés de Noël à Strasbourg, dans des grandes villes d’Alsace, où c’est une tradition, eh bien il y aura des périmètres de protection. Qu’est-ce que cela veut dire…

C’est fait à l’avance.

Voilà, on prévoit – ou d’autres événements, je ne sais pas, le Festival d’Avignon, il faudra effectivement protéger au maximum ces événements.

Mais est-ce que vous considérez justement qu’après des mois d’état d’urgence, des mois de dispositif Sentinelle, il est encore possible de sur-demander aux forces de l’ordre – ce qui est tout à fait normal pour le pays, pour les citoyens – mais est-ce qu’ils sont en état de pouvoir contenir ou de maintenir ce type de missions ?

Oui, parce qu’ils ont un sens, je dirais de leurs missions, qui est très important, parce que nous nous organisons aussi pour avoir des systèmes de remplacements qui soient efficaces, pour effectivement embaucher aussi de nouveaux policiers, de nouveaux gendarmes. En tout cas, je dirais, nous n’avons pas le choix, nous avons besoin, collectivement, d’avoir cette politique de sécurité.

Mais vous savez que dans beaucoup de pays qui sont proches des nôtres, que ce soit l’Allemagne, l’Angleterre, il n’y a pas d’état d’urgence, aux Etats-Unis il n’y a pas vraiment d’état d’urgence non plus, donc est-ce qu’il n’y avait pas, dans la loi précédente, suffisamment de dispositifs ? C’est ce que disent notamment certains avocats. Pour lutter contre le terrorisme, est-ce qu’il fallait rajouter une loi supplémentaire ?

Ecoutez, moi je crois… en tout cas les Français qui nous écoutent et qui nous regardent, ont récemment donné leur avis, par un sondage qui a été fait, et on voit qu’ils acceptent même une petite restriction de liberté individuelle pour plus de sécurité. Les Français sont en attente d’un gouvernement qui les protège. Et, vous savez, on parle évidemment des malheurs qui viennent d’arriver, comme la mort de ces deux jeunes filles, mais il faut savoir qu’il y a beaucoup d’autres attentats qui ont été évités.

Combien ?

Je ne peux pas vous donner de chiffre exact, mais un certain nombre d’attentats qui ont été évités récemment.

Est-ce que vous considérez qu’il est important – alors là je parle à la fois à la ministre et à celle qui est membre du MoDem – de s’intéresser aux produits ostentatoires en matière de débat budgétaire ? est-ce que c’est important de reprendre, par exemple, cet amendement qui vient de la République En Marche, qui viendrait, d’une certaine manière, calmer cette idée qui monte qu’Emmanuel MACRON serait le président des riches, en taxant les Ferrari, les yachts, etc., etc., ou est-ce que c’est totalement délirant ?

François Bayrou et Emmanuel Macron, pendant la campagne présidentielle, avaient beaucoup travaillé sur cette idée qu’il fallait modifier l’ISF, c’est-à-dire, au fond, préserver ceux qui investissaient dans l’économie française afin qu’ils ne soient pas… que, par exemple, le fait de prendre des actions dans des entreprises, etc., ne soit pas compté dans l’ISF, et avec ça nous sommes tout à fait d’accord, c’était quelque chose qu’ils avaient construit eux-mêmes. Alors là, le budget, tel qu’il sort, va plus loin, et il nous semble raisonnable – effectivement là je parle de François Bayrou, et du MoDem, et des députés MoDem…

François Bayrou que vous soutenez puisque vous appartenez au MoDem.

Bien sûr, et je viens de l’université d’été de rentrée du MoDem qui a eu lieu ce week-end en Bretagne, à Guidel dans le Morbihan, pour être très exacte, il semble à beaucoup de gens, mais pas seulement au MoDem, même à En Marche, comme vous venez vous-même de le dire, qu’il y a un certain nombre de choses qui méritent de rester dans le cadre de l’ISF.

Donc ces produits de luxe ostentatoires, donc vous êtes plutôt Darmanin que Le Maire quoi !

Vous savez…

Je ne suis pas en train d’organiser une sorte de désordre gouvernemental, mais…

Non, non, merci…

Non, mais il y a un problème, si on n’est pas d’accord sur des…

Non, mais…

C’est complètement marginal, ça ne changera rien, c’est une histoire d’image.

C’est quelque chose, quand même, qui est très symbolique, comme vous venez de le dire, et qui marque les Français, et dans la réalité c’est vrai que ça n’apporte rien à l’économie, donc il faut regarder ça d’un peu plus près.

Vous parliez justement de cette université d’été, beaucoup de gens considèrent que François BAYROU est à la retraite, définitivement, et dans un entretien qu’il donnait avant cette université d’été il expliquait que, au fond, peut-être qu’à un moment il reviendrait non seulement au gouvernement, et pourquoi pas à la place d’Edouard Philippe. Alors, entre la retraite et le retour, quel est votre sentiment ce matin ?

Mon sentiment c’est que François Bayrou est quelqu’un qui s’intéressera toujours à la vie politique de son pays, alors quelles que soient, je dirais les responsabilités qu’il a ou qu’il n’a pas. C’est quelqu’un, que vous connaissez bien, pour qui, comment dire, la France est quelque chose de viscéral, c’est dans sa vie quotidienne. Il est président d’un grand parti maintenant, enfin d’un plus grand parti, par rapport à ce que nous étions avant, puisqu’il y a un groupe parlementaire qui est important à l’Assemblée nationale, et, évidemment, il jouera son rôle pour qu’Emmanuel Macron réussisse, pour que le système politique qu’Emmanuel Macron a réussi à faire évoluer, en brisant cette vision binaire de la vie politique, perdure, donc François Bayrou jouera son rôle.

Au gouvernement, à l’extérieur, parce qu’il  a quand même lancé une sorte d’appel du pied ?

Je n’ai pas entendu cela comme cela, simplement il a dit nous sommes dans la majorité. La majorité à deux jambes, deux piliers, nous sommes le deuxième pilier de la majorité, nous jouons notre rôle, avec notre identité, en totale solidarité avec le président de la République.

Est-ce que vous n’avez pas l’impression que le président de la République est un homme seul, qui a mené une aventure seul depuis le début de cette histoire, c’est-à-dire depuis le début de la campagne ?

Non, je n’ai pas du tout cette impression, d’abord parce qu’il y avait beaucoup de monde autour de lui…

Seul dans l’exercice du pouvoir, évidemment il y a une majorité parlementaire, il y a un gouvernement, il y a un Premier ministre, il y a un soutien, il y a une coalition, mais est-ce qu’il n’est pas trop seul ?

Non, je ne crois pas du tout. Il est en plus, dans son action politique et dans son attitude politique, c’est quelqu’un qui sait animer une équipe, nous sommes son équipe autour de lui, par exemple au Conseil des ministres, il nous interroge beaucoup, sur tous les textes, sur tous les événements, non, non, je n’ai pas du tout ce sentiment. Au contraire, je trouve que c’est un bon animateur d’équipe.

Merci beaucoup Jacqueline Gourault, ministre de l’Intérieur avec Gérard Collomb. Bonne journée à vous, merci d’être venue sur l’antenne de Radio Classique.

Merci à vous.