Retrouvez l’intervention de Marielle de Sarnez, ce mardi 7 novembre 2017, lors du débat sur la mission « Action extérieure de l’État » du projet de loi de finances pour 2018.

« Le montant global du budget du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères est de 4,7 milliards, en hausse affichée d’un peu plus de 2%, dont 3 milliards pour l’action extérieure. C’est donc, pour le PLF 2018, un budget stabilisé, que notre groupe Modem soutient, et votera.

Mais permettez-moi de m’interroger devant vous sur l’avenir proche. Le projet de loi de programmation des finances publiques prévoit une baisse des crédits alloués à la mission action extérieure pour 2019, et 2020, et on peut imaginer qu’elle se poursuivra dans les années suivantes, avec en parallèle la montée en charge de l’aide publique au développement pour respecter l’engagement de s’inscrire dans la trajectoire de 0,55% voulue par le Président de la République.

Si l’on ne peut que se réjouir de l’augmentation prévue de l’aide publique au développement, il n’en est pas de même pour les crédits dévolus à l’action extérieure de l’Etat. Et c’est pour moi une inquiétude, car je crois qu’en matière d’efforts budgétaires, et je reprends à dessein votre expression monsieur le ministre, on est à l’extrême limite de l’équilibre.

La vocation du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères est de porter l’ambition internationale de la France. Et de la porter à un moment où les crises, les défis, et les périls n’ont jamais été aussi présents.

La situation en Syrie, et en Irak, la question du terrorisme islamiste dont nous savons bien qu’il ne cessera pas avec la défaite de Daech sur le terrain, l’avenir du Sahel si proche de nous, le chaos libyen, le défi migratoire qui exige de nous et de l’Europe une véritable stratégie, les nouvelles peu rassurantes provenant de la Corée du Nord, le poids nouveau de la Chine dans le domaine international, l’expansionnisme russe, les fluctuations de la politique extérieure américaine, tout ceci nous interdit, plus que jamais, de baisser la garde.
Tout ceci exige que nous conservions des moyens d’influence, de présence et d’action efficaces et pertinents. Et donc un budget conséquent et stabilisé.

Bien sûr, comme l’ont dit très justement dans leurs rapports Anne Genetet et Frédéric Petit, il y a des réformes à conduire, des changements à initier, des améliorations à concevoir, des innovations à mettre en œuvre.
Mais je crois nécessaire que ce soit le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui soit acteur de ses propres réformes.

Comme dans beaucoup de domaines, il faut faire confiance au terrain. Il faut faire confiance aux personnels du ministère, il faut faire confiance aux personnels des missions diplomatiques pour qu’ils portent eux-mêmes les réformes les mieux adaptées qui permettront de préserver l’universalité de notre diplomatie et les moyens de son influence.

Une influence qui se gagne chaque jour sur le terrain, parce qu’elle est en concurrence avec d’autres. Car, comme vous monsieur le ministre, je crois qu’il y a une bataille mondiale de l’influence et que dans cette bataille nous devons disposer de moyens réels, et d’objectifs stratégiques prioritaires, dont nous pourrions débattre, ici, dans cet hémicycle, une fois par an au moins.

Notre diplomatie c’est bien sûr la défense de nos intérêts dans le monde mais c’est aussi la défense d’une vision singulière, contre la domination des grandes puissances comme hier le refus des blocs avec la promotion du non-alignement.

Dans un monde où bien des intervenants paraissent jouer avec le feu, dans un monde où bien des États oublient leurs responsabilités, la France est aujourd’hui en mesure de renouer avec la mission d’équilibre que l’histoire lui a confiée. Le Président de la République a montré qu’il avait une pleine conscience de cette vocation nationale pour l’Europe et pour le monde.

L’organisation et les moyens du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères doivent être mobilisés pour l’y aider. Et nous, parlementaires, nous devrons y prendre toute notre part.»

 

 Seul le prononcé fait foi