Jacqueline Gourault, interviewée par Emmanuel Galiero du Figaro à l’occasion du 100ème Congrès des maires, est revenue sur l’actuelle politique menée auprès des collectivités locales. La ministre la décrit comme : « basée sur la confiance et la responsabilité de chacun ». Retrouvez l’intégralité de l’entretien ci-dessous.

Jacqueline Gourault : « Nous essayons une autre politique »

Par Emmanuel Galiero

Chargée des relations avec les collectivités locales, auprès du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, la ministre MoDem, ex-vice présidente de l’Association des maires de France, invite les élus locaux à soutenir une nouvelle politique territoriale.

LE FIGARO. – Comprenez-vous la crise de confiance entre les maires et l’État?

Jacqueline GOURAULT. – Ayant participé à de nombreuses assemblées de maires, parcouru plus de quinze départements, j’ai toujours été bien accueillie. Le fil n’est pas rompu. J’ai senti des besoins d’explications et j’ai remarqué une difficulté à comprendre le changement de logiciel en cours. Nous sommes passés d’une politique où l’on imposait des décisions à une politique où l’on demande aux élus de participer à la transformation du pays, avec l’État, dans une relation de confiance.

N’est-ce pas cette « confiance » qui, précisément, leur semble rompue?

Certaines choses auraient peut-être mérité d’être davantage expliquées mais je constate aussi des postures politiques très fortes. Certains élus avaient décidé que cela n’irait pas, de toute façon. Je comprends que des maires échaudés par les mesures du précédent gouvernement aient du mal à croire que le système puisse changer mais il existe des marges de manoeuvre. Nous essayons une autre politique, basée sur la confiance et la responsabilité de chacun. Nous avons installé une structure permanente, la conférence nationale des territoires, et dès 2019, nous ferons un premier bilan. Mais l’État a son rôle à assumer et Emmanuel Macron veut jouer pleinement le sien. Cela change…

La décentralisation est-elle en danger?

Je ne vois pas du tout où la décentralisation est atteinte. Il n’y a pas moins d’autonomie, ni menace sur les capacités d’investissement des communes. Quand nous pérennisons la dotation de soutien à l’investissement local, nous la rendons accessible à toutes les communes, même les plus petites.

La suppression de la taxe d’habitation et la baisse des emplois aidés sont très mal vécues…

Je connais bien le fonctionnement des collectivités locales et je sais quels sont les petits coups de pouce à mettre en place pour débloquer certaines situations. Tous les leviers peuvent être utilisés : les économies de fonctionnement, la fiscalité et l’emprunt. Pour compenser la suppression à terme de la taxe d’habitation, nous avons prévu un dégrèvement sur trois ans: les collectivités ne perdront pas un centime, et les bases fiscales, comme les taux, ne seront pas figées. Une réforme de la fiscalité locale doit accompagner la sortie de la taxe d’habitation. Nous voulons trouver des ressources pérennes pour les régions, les départements et les communes.

Quelles garanties apportez-vous?

Le président a garanti la stabilité des ressources sur le quinquennat. L’État, les collectivités locales et la Sécurité sociale doivent faire en sorte que leurs dépenses de fonctionnement soient maîtrisées: c’est notre objectif.

Les communes ne réclament-elles pas, au contraire, plus de liberté?

Nous proposons un pacte, basé sur un objectif. Les communes les plus importantes peuvent déterminer les chemins possibles, dans un contrat qui tient compte des contraintes réelles et des efforts déjà réalisés, mais en leur demandant de maîtriser leurs dépenses de fonctionnement.

Quel exemple positif de cette nouvelle politique territoriale retenez-vous?

Le premier ministre m’a confié une mission importante : le transfert au 1er janvier 2020 des compétences eau et l’assainissement aux intercommunalités. Après une collaboration étroite avec les parlementaires, nous allons arriver à une solution consensuelle, permettant de mettre en application le principe de souplesse que nous prônons, démontrant ainsi notre capacité légitime à dialoguer, négocier et partager un objectif commun.