À l’occasion du 100ème Congrès des maires, retrouvez la tribune de Marc Fesneau, parue ce matin, dans Les Echos.

« J’aime et je respecte trop les territoires, en particulier ruraux, pour les laisser otages des querelles politiciennes. Derrière ce populisme territorial que certains font prospérer, aucune autre proposition qu’un statu quo mortifère ou les sentiers battus de solutions maintes fois rabâchées ; et qui manient les images d’Epinal d’une réalité rurale qui a pourtant bien changé pour ceux qui y vivent vraiment et se donnent la peine de s’y intéresser sincèrement.

Cette crise, parce qu’il s’agit bien de cela, procède de dizaines d’années d’inaction, de politiques contradictoires, de promesses non tenues, de désengagement – dans tous les sens du terme – de l’Etat, d’absence d’ambitions territoriales. L’on aurait pu attendre, de la part des responsables, la modestie – pour ne pas dire la décence – de reconnaître que ce constat n’est que le résultat de leurs propres incuries.

C’est donc à notre majorité que revient désormais la responsabilité de répondre aux défis que les précédentes n’ont manifestement pas su relever.

Et pour cela, nous devrons redonner confiance.

Le contrat, c’est s’assurer de la parole de l’Etat et traiter les collectivités en partenaires et non en subordonnées. Sur le cadre institutionnel, sur la réduction des normes, sur les perspectives financières de nos collectivités, l’Etat doit assurer stabilité et respect des engagements.

Le projet de loi de finances 2018 s’inscrit dans cette perspective avec la stabilisation des dotations après quatre années de diminution drastique. Cette stabilité sur la durée du quinquennat, doublée d’une refonte à terme de nos modes de financement, est la condition pour pouvoir envisager plus sereinement l’avenir dans nos collectivités.

Rétablir la confiance, c’est laisser la possibilité d’expérimenter, de choisir de nouvelles voies de coopération et de gouvernance. C’est-à-dire sortir d’une décentralisation devenue profondément jacobine et qui n’a finalement jamais fait confiance aux territoires ni tenu compte des diversités locales. C’est ce chantier que nous devrons désormais engager sans tarder en faisant de l’Etat le régulateur, le médiateur et le facilitateur.

Il n’y a pas une seule ruralité, comme il n’y a pas une seule réalité urbaine. Les interactions sont nombreuses. Tout l’enjeu est que ce soit au bénéfice réciproque. Redonner confiance, c’est faire en sorte que la solidarité nationale s’exprime pour compenser les handicaps et les difficultés propres à certains de nos territoires.

C’est tout le sens du plan de déploiement haut débit sur le quinquennat, à l’image de ce que furent les grands plans d’électrification rurale. Cette même solidarité devra s’exprimer pour résoudre la question des déserts médicaux, des mobilités ou de la transformation de nos services publics. Dans nos territoires, les innovations et les projets ne demandent qu’à naître et émerger, les bonnes volontés qu’à se réunir pour peu que l’on aide à l’animation et l’ingénierie nécessaires.

Redonner confiance enfin, c’est redonner une perspective à chaque territoire. Transition écologique et énergétique, alimentation, tourisme, e-économie, nouvelles industries, excellences artisanales. Les possibilités ne manquent pas. Chaque territoire doit retrouver une vocation économique en saisissant sa chance. A l’Etat de construire des stratégies territoriales avec nos collectivités.

La peur n’évite pas le danger, et ceux qui n’invitent qu’au repli, qu’à l’opposition des territoires – au risque d’opposer les Français les uns contre les autres – ne rendent pas service.Tous ceux qui aiment la France dans sa diversité territoriale et qui regardent lucidement les défis doivent nous aider à sortir ensemble des postures, pour sortir enfin de la crise territoriale. »