Retour sur la conférence sur le changement climatique qui a eu lieu hier soir, au siège du Mouvement Démocrate, avec la participation de Brice Lalonde, ancien ambassadeur de France pour le Climat, Christophe Madrolle, secrétaire général de l’UDE, ainsi que Bruno Duvergé, Laurence Vichnievsky et Jimmy Pahun, députés MoDem.

 

Sommet climat – la question du financement.

A l’heure de graves questions sur la capacité des Etats, notamment occidentaux, à mobiliser, comme promis, les fonds publics destinés à la lutte contre le changement climatique, le sommet climat de ce 12 décembre doit faire le point sur l’ensemble de la question du financement de la lutte contre le changement climatique.

 

Quelques chiffres pour rappeler les enjeux :

Pour respecter les objectifs de ne pas dépasser une hausse de 2 degrés de température moyenne sur Terre, les experts onusiens ont estimé qu’il fallait mobiliser près de 90 000 milliards de dollars.

Pour comparaison, c’est le total annuel de ce que représente dans le monde les marchés obligataires (dont la moitié est émise par des Etats).

Les pistes :

1-    Les fonds publics avec en ligne de mire le fameux « fonds verts » qui doit atteindre 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Le retrait des Etats Unis rend cet objectif très difficile à atteindre. Il constitue pour autant, quel que soit le montant qu’il rassemblera, une base indispensable. Il existe par ailleurs de nombreux autres fonds onusiens destinés à la lutte contre les changements climatiques ou des causes s’y rattachant. C’est un maquis qui rend d’ailleurs difficile de s’y retrouver pour des acteurs étatiques, ONG, collectivités locales ou entreprises. Un travail de transparence et de clarification serait sans doute utile avec en ligne de mire une meilleure capacité pour tous d’accéder à ces fonds, mieux les mobiliser, mieux les mutualiser avec les très nombreuses actions ou financements qui sont en train d’émerger.

 

2-    Les nouvelles taxes, fiscalités ou contributions directement liées à la baisse des émissions de gaz à effet de serre.

a.     La France plaide en faveur d’une contribution prélevée sur les transactions financières.

b.     La France a par ailleurs mis en place une contribution climat énergie dont le double effet positif sera d’une part de doter l’Etat de ressources nouvelles directement issue des énergies fossiles, et d’autres parts de faire augmenter le prix de ces énergies qui, quoi qu’on en dise, et même si le sujet reste peu populaire, aura imanquablement pour effet de rendre plus rentable tout investissement dans les économies d’énergie. Une énergie fossile chère, ce sont des installations d’énergie renouvelable qui deviennent plus rentable et des travaux d’économies d’énergie (notamment dans le bâtiment) qui auront un retour sur investissement bien plus court… le tout, de manière mécanique et sans dépense publique.

c.      A cela s’ajoute l’arrêt de toute aide directe ou indirecte aux énergies fossiles. L’augmentation de la fiscalité du diesel sur l’essence SP n’est rien d’autre qu’un arrêt d’un avantage direct donné à une énergie fossile.

 

3-    Les financements innovants.

a.     Avec Philippe Douste Blazy, nous avons travaillé à la création d’un fonds innovant, UNITLIFE, basé sur le micro don. Deux causes sont ciblées : la malnutrition chronique et le climat. Lancement annoncé ce jour au OnePlanetSummit puis développement dans l’année 2018. Le micro don se fera via les paiements par carte bancaire. A chaque achat, chaque citoyen pourra décider de verser un pourcentage de son achat à la lutte contre la malnutrition chronique ou le climat.

b.     Une ONG internationale a annoncé ce jour également la création d’une plateforme internet visant à faciliter l’investissement privé et citoyen dans le domaine de la lutte contre le changement climatique… une forme de réponse à la question du « maquis » onusien.

 

4-    Les financements privés.

a.     Les banques. Elles peuvent jouer un rôle moteur en décidant d’elles-mêmes de financer préférentiellement les projets verts, intégrer une part de risque plus importante dans leurs décisions d’accorder ou non des financements, … en somme, ne pas mettre au même plan, sous le seul prisme du « risque financier de court terme», des projets « verts » et des projets « sales ».

b.     Les green bonds (obligations vertes). Elles se développement fortement et constituent aujourd’hui quelques 900 milliards de dollars (à comparer aux 90 000 milliards que représentent les obligations de manière générale).

c.      L’épargne des particuliers. Les idées de la mobiliser pour qu’elle aille vers des projets d’investissements verts se font jour. Il reste toutefois encore compliqué quand on est un particulier de pouvoir investir de manière claire, transparente et sécurisée dans des projets ou des entreprises vertes. Là aussi, les banques ont un rôle à jour dans leur mission de conseil auprès de leurs clients. Les « produits » verts aujourd’hui proposés par les banques demeurent encore trop vagues et opaques… et surtout assez peu matérialisés en projets concrets. Nul doute que de nombreux épargnants pourraient souhaiter investir dans des projets éoliens localisés et facilement identifiables, des unités de méthanisation, ou des réhabilitations thermiques dès lors que le risque étaient garanti au moins à hauteur de ce que sont les taux moyens des livrets (1 à 3% aujourd’hui).

 

Pour finir, quelques « envies » :

–       que les élus locaux puissent disposer d’un outil et d’un indicateur leur permettant d’évaluer que chaque projet qui est soumis à notre décision (et pas seulement ceux qui sont avec un impact environnementale impliquant une étude d’impact environnemental) est « 2 degrés compatible ». Comme une sorte d’échelle de couleur étiquetant chaque projet du rouge « non compatible » au vert « compatible ».

–       que chaque porteur d’une carte bancaire puisse décider qu’un pourcentage minime (1%) de chacune de ses dépenses soit un micro don versé sur un fonds public destiné à la lutte contre le changement climatique et la biodiversité.

–       Que chaque détenteur d’une épargne dans une banque puisse aisément avoir accès à d’autres formes d’épargne que celles proposées traditionnellement dans les banques, qu’il puisse de manière sécurisée décider d’investir dans des projets d’énergie renouvelable bien identifiés ou dans des entreprises clairement « vertes ».

 

Un grand merci aux intervenants de cette conférence qui a permis d’éclairer le débat sur les points discutés ce 12 décembre à Paris. Complexes, riches, parfois techniques, mais avec un maitre mot : nous n’avons pas d’autres choix que de rester optimistes.

Yann Wehrling,

Secrétaire général et porte parole du Mouvement démocrate