La déclaration du 9 mai 1949 de Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères, impulse la Communauté européenne du charbon et de l’acier avec 6 Etats.

L’Europe importe 60% du gaz principalement avec Gazprom en Russie (35%) et de Norvège (23%), 40% du charbon utilisé surtout en Allemagne (45% du mix électrique) et en Pologne, 80% de pétrole dont le principal exportateur est la Russie.

Les Etats ne sont pas homogènes en Europe, ce qui crée un frein pour la constitution d’une véritable Union de l’énergie. La moitié des 27 pays européens ont une production d’énergie nucléaire. L’Union de l’énergie a pour ambition de réduire la dépendance au gaz russe mais la construction par Gazprom de Nord Steam 2 diminue cet objectif, un pipeline entre l’Allemagne et la Russie, la création d’un marché intérieur de l’énergie, la construction d’une société qui consomme peu de charbon.

L’Europe de l’énergie est un fiasco. L’acte unique de 1987 conduit au marché de l’électricité et du gaz et donc à la libéralisation par la séparation des monopoles ou oligopoles avec une multiplication d’acteurs souhaitée pour « baisser les prix » pour les consommateurs comme les entreprises. Le résultat a été l’inverse, les prix ont augmenté et ce n’est qu’un début. Car si le monopole ne conduit pas, en général, à l’optimum des coûts, le marché, s’il est artificiellement construit, peut conduire à pire. Nous y sommes, ce qui n’empêche pas la commission européenne à célébrer les bienfaits du « marché intérieur ».

Les renouvelables solaire et éolienne, sont intermittentes et ont donc besoin d’être « secondées » par des productions disponibles à tout moment. Poursuivre en Allemagne la construction de nouveaux parcs renouvelables nous oblige au contraire, en France, à maintenir nos centrales nucléaires en fonctionnement pour assurer la disponibilité et aussi garantir l’indépendance énergétique. Si on rajoute que les 27 pays ont leurs propres priorités, on s’engage dans un processus complexe.

L’analyse de Marcel Boiteux (directeur général puis président d’EDF de 1967 à 1987) rappelle bien que, certes érigée en politique commune, l’énergie reste pour autant sous une tutelle : celle de l’environnement et celle du marché intérieur, comme le mentionne très explicitement l’article 194 du traité. Nous touchons là aux racines de la crise du système énergétique européen et la crise ukrainienne montre la lancinante question de la sécurité d’approvisionnement.

Jacques Hubert