Parmi toutes les sciences qui éclairent les responsables de l’action publique, la géographie est, à mon avis,  tout à fait essentielle. Cette riche discipline, dont j’avoue ne pas être un spécialiste, me surprend toujours par la capacité qu’elle a de fournir, au sens littéral, des points de vue toujours renouvelés et féconds.

C’est particulièrement ce que j’ai constaté en découvrant un travail vieux d’une dizaine d‘années mené par une équipe franco-anglaise.  Il s’agissait d’une description de la Manche considérée comme un espace presque fermé bordé par l’Angleterre et la France. Les ports, les rivages, les littoraux des deux pays ne sont plus considérés comme des bords de mer mais comme des bords de terre. D’intéressantes correspondances apparaissent. Elles ont donné lieu à des politiques communes qui dureront jusqu’au dernier instant de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Europe.

Il faut dire que ce projet, qui s’est notamment matérialisé par une très belle édition bilingue (Espace Manche, un monde en Europe, édité par l’ex-région Haute-Normandie) malheureusement hors commerce, était financé par le programme européen Interreg.

Celui-ci, qui s’appuie sur le fond européen de développement régional, est destiné à susciter des projets de coopération transfrontalière.

Il s’agit d’abord, d’identifier des domaines où cette coopération est prometteuse en raison de similitudes ou de complémentarités puis de mettre en œuvre cette coopération afin de générer des économies d’échelle et réduire les disparités entre états membres.

Vous l’avez compris le programme s’applique aussi lorsque la frontière est totalement ou partiellement maritime.

Les acteurs rapprochés peuvent être des collectivités publiques, des organismes de recherche ou d’enseignement ou encore des entreprises.

L’effet levier, c’est à dire le rapport entre le montant de fond européen investi et le résultat final, qui dépasse toujours le résultat immédiat, est considérable, notamment grâce aux deux étages (identification puis projet).

Vraiment, dans ce domaine aussi, l’Union européenne a su innover et a su trouver des procédures assez simples qui portent sur des opérations rapidement concrètes et très territorialisées.

Terminons cette courte évocation en revenant à ce qui m’a conduit à m’y intéresser, la Manche, en citant un exemple.

Des deux côtés de la Manche, le littoral doit s’adapter au changement climatique mais, en dépit de sa longueur nos côtes ne présentent que peu de sections où les combinaisons de caractéristiques physiques et humaines sont identiques, ce qui fait presque de chaque zone cohérente, un espace d’expérimentation non reproductible. Mais en regardant de l’autre côté de la Manche, on découvre qu’une bonne partie de ces sites uniques ont en fait un cousin ou un frère. C’est parfois extraordinaire car la ressemblance ne porte pas uniquement sur la configuration naturelle mais aussi sur la forme d’occupation alors même qu’elle n’est pas une conséquence nécessaire de cette configuration.

Cela va permettre économie d’argent public et réduction des délais.

J’aurais pu aussi citer l’organisation de la gestion du risque de pollution maritime dans le cadre du projet CAMIS et bien d’autres.

Pierre Vogt