Aujourd’hui, le Parlement était réuni en Congrès en application de l’article 18-2 de la Constitution, pour entendre une déclaration du Président de la République. A la suite de cette déclaration, les présidents des groupes parlementaires des deux chambres se sont exprimés à tour de rôle.

Lors de son discours à la tribune, Marc Fesneau a salué la volonté réformatrice de ce quinquennat et a insisté sur ce que doivent être les piliers de l’idéal de société porté par la majorité.

Retrouvez la vidéo et le texte de son discours :

 

[Seul le prononcé fait foi]

ll y a un an, en ce lieu, marqué historiquement de l’union et de la désunion de notre pays, s’engageait la première étape de ce quinquennat et nous exprimions, devant la nation, l’engagement de réformer la France pour la mener  sur le chemin de la confiance, de la reconstruction et de la réconciliation retrouvés.

Nul besoin de rappeler longuement ce que furent les fondements du bouleversement politique du printemps 2017 :  ils doivent simplement nous servir de boussole pour les temps à venir.

Les français ont exprimé la volonté d’un rassemblement inédit, de renouvellement et d’apaisement du débat public. Ils ont surtout demandé à ce que, par ces dépassements, nous nous attaquions concrètement à leurs problèmes et à leurs réalités. Que la réforme, au-delà des mots, soit au rendez-vous.

Ils souhaitaient aussi que la France retrouve et reprenne rang dans le concert des nations et tienne la place particulière qui doit être la sienne. Et, au travers du Président de la République, la fierté retrouvée de tout un pays.

Depuis un an nous nous sommes employés à être à la tâche avec la majorité parlementaire et le gouvernement. Trop, diront certains : mais devant l’urgence de la situation, personne, et certainement pas les citoyens français n’aurait pu comprendre qu’en responsabilité, nous nous complaisions dans le confort de ceux qui croient avoir le temps devant eux quand l’urgence est finalement partout. Urgence économique, urgence du chômage, urgence territoriale, urgence sanitaire, urgence éducative, urgence budgétaire, urgence migratoire, urgence écologique et climatique, urgence sécuritaire, urgence européenne.

Toutes ces urgences sont le fruits d’années d’inaction, de stérilisation par le débat caricatural entre les blocs, d’incapacité à expliquer, de facilité du laisser-aller et du laisser-faire.  Je ne connais pas un seul des sujets évoqué ici dont on ne puisse pas objectivement dire qu’ils auraient dû être traités il y a des années voir des dizaines d’années. Aucun qui ne soit apparu dans l’année.

Je ne le dis pas pour ceux qui nous ont précédés, il est pour moi sans intérêt de chercher des boucs émissaires y compris chez ses opposants – c’est trop facile. Mais finalement nous sommes tous, comme représentants de la nation ou citoyens, solidairement responsables de cette situation. Et c’est pour cela que nous devons collectivement chercher des solutions. Il y a une majorité, il y a des oppositions et c’est sain et vital en démocratie. Mais nous avons une responsabilité commune : celle pour l’opposition de servir aussi l’intérêt général et de ne pas proposer l’inverse de ce qu’elle faisait lorsqu’elle gouvernait ou si elle gouvernait, et de ne pas céder à la démagogie confortable ou dangereuse qui vous revient en boomerang quand les citoyens vous prennent aux mots de la facilité.

Et celle pour la majorité de ne pas croire que nous partons d’une page blanche, de tirer leçon des échecs de nos prédécesseurs et de porter une exigence simple et absolument nécessaire : rester fidèle à la promesse de 2017, rester lucide sur les écueils et rester invariablement à l’écoute des français quand bien même parfois, ce qu’ils auraient à nous dire ne sonnerait pas agréablement à nos oreilles.

Cette exigence de réussite pour notre pays nous oblige donc, collectivement, à continuer les transformations engagées. L’on a souvent entendu des responsables politiques ou des commentateurs dire, pour l’exprimer rapidement, qu’après le libérer il convenait d’engager le protéger.

Mais finalement je suis sceptique avec l’idée qu’il y aurait d’un côté la nécessité de libérer notre économie pour retrouver le chemin de la croissance et d’un autre celle de protéger pour assurer la cohésion du Pays.  Je n’ai jamais cru qu’il y avait matière à créer une frontière voire une incompatibilité entre ces deux objectifs.

L’un et l’autre se nourrissent et se combinent et c’est cet équilibre là qu’il nous faut tenir dans la durée.

Parce que, pour nous, le travail est l’un des éléments essentiels de l’intégration sociale. Il est un droit fondamental et l’on sait à quel point la déstructuration de l’idéal et de la cohésion française est liée au chômage de masse.

Quelle famille, quel enfant quel jeune, quelle structure sociale, peut résister au chômage plus encore de longue durée ? Quelle société n’est pas minée durablement par cette absence d’espoir et de perspectives ? Et combien de territoires vivent – et à juste titre – la désindustrialisation ou les crises agricoles comme le signe de leur profond et irréversible déclassement ?

La crise des territoires que nous vivons elle vient de loin.

Qui ne l’a vécue ne peut mesurer l’effet de la disparition du dernier commerce, des derniers paysans, des dernières industries, du dernier médecin, des derniers services publics sur des millions de Français et des milliers d’élus qui assistent impuissants et sans possibilité de rebonds visibles à moyen terme, à leur mise à l’écart du monde et jusqu’à leur oubli. Ce désespoir-là est réel en dépit de ceux qui l’exploitent en remplaçant la démocratie locale nécessaire par la démagogie locale et l’opposition des territoires. Il est le cri de ceux qui voient la modernité comme un retour en arrière ou une régression pour eux.

Et donc l’économie, la croissance, la capacité d’attractivité du Pays sont des leviers déterminants non pas tant parce que nous serions les tenants de je ne sais quel modèle ou philosophie économique mais parce qu’ils sont des leviers pour espérer, s’intégrer, et trouver sa place dans le collectif national.

Et de même il n’est pas de société qui ne puisse continuer de se développer et à prospérer durablement sans l’accès à la connaissance et à l’éducation, l’accès à la culture, la solidarité intergénérationnelle, l’intégration réelle.  Sans la capacité à tendre la main à celles et à ceux qui connaissent des accidents de parcours, à qui la vie n’a pas toujours souri, à ceux et celles qui ne viennent ni des beaux quartiers, ni des territoires les plus prospères ou n’ont pas eu la chance de connaître un foyer ou un environnement stables.

Et enfin il n’est pas de société durablement prospère sans le sentiment de la justice et des moyens donnés à chacun de trouver sa place et de gravir les échelons. Préservant les fondements de ce qu’est l’histoire française : la solidarité, l’universalité, l’effort équitablement partagé, la récompense de l’effort consenti, l’Etat-providence actualisé. Sans faire du passé table rase, mais sans s’interdire de s’interroger sur l’efficacité réelle des dispositifs.

Et notre projet doit tenir ce cap, invariablement, sans se laisser dérouter de cet horizon final, sans se laisser balloter par la simple idée qu’il faudrait, par des mesures symboliques, équilibrer et contre balancer le poids de l’un ou de l’autre. Sans renoncer à l’idéal de société qui est le nôtre. Une société qui ne soit pas toujours plus dure aux faibles et plus faciles au chanceux ou aux forts. Sans opposer les uns aux autres. Parce que pour nous, nous avons besoin des uns et des autres pour faire réellement société. Et c’est ce modèle qu’il nous faut – rebâtir, au premier sens du terme.

Et dans chacun des textes que nous aurons à examiner il faudra veiller à ce que tout cela se fasse avec l’objectif, l’idée que c’est un tout, qu’il n’y a pas d’économie prospère qui ne serve le collectif et de solidarité efficace qui ne soit libératrice.

Depuis un an nous sommes au rendez-vous des promesses faites au Français sur un certain nombre de sujets : droit du travail, simplification et loi sur la confiance, loi sur l’avenir professionnel, future loi Pacte, loi Egalim, Réforme ferroviaire… Et nous pouvons y ajouter des mesures qui constituent de vraies réformes profondes et ne relèvent pas toujours de la loi. Je voudrais citer l’ambition retrouvée de l’Education nationale, le reste à charge zéro ou le plan de lutte contre la fracture numérique territoriale. Cela aussi c’est  la justice sociale.

C’est une première étape dans la restauration de la confiance. Cela paraît simple mais, de fait, c’est assez nouveau : faire ce que l’on avait dit que l’on ferait.

Mais est-ce suffisant ? A notre sens non, mais sans ce point de départ, rien ne serait possible !

Parce que la confiance retrouvée passe aussi par la pédagogie de la réforme. C’est-à-dire le sens donné aux choses et la compréhension par les français des réalités concrètes issues de notre travail de législateurs. Montrer le projet global, montrer et démontrer ce en quoi nos réformes vont changer la vie de chacune et chacun d’entre nous. Donner chair à notre projet, parler au cœur des français c’est tout le défi que nous avons devant nous.

Dans le monde tel qu’il est, la raison et la rationalité ne suffisent pas. Dans le monde dans lequel nous vivons, nous n’avons nul besoin de plus de technocratie nous avons besoin de plus d’empathie.

Et cette empathie et cette pédagogie doivent s’opposer à la démagogie des temps.

De même nous devons opposer l’exigence de nos attitudes et de nos projets à la facilité de l’immédiateté et de l’écume des choses.

Opposer la fierté collective de ce que nous sommes et de ce que nous portons, nous français et nous européens, aux tentations du repli qui menacent.

Et nous devons poursuivre le travail de renouvellement de notre démocratie. C’est tout le sens de la réforme institutionnelle que nous examinerons à partir de demain dans le prolongement de la loi de moralisation déjà votée et en conformité avec les engagements du Président de la république l’an dernier devant ce même Congrès.

Il y a ceux qui ont décidé d’en rester aux postulats de départ et dont la conviction est déjà forgée. Et nous nous sommes de ceux qui pensent que notre responsabilité de constituants est de faire de cette réforme une réforme au service du pouvoir retrouvé du Parlement et d’une reconnaissance plus affirmée des territoires.

Un parlement écouté c’est un parlement qui sert la démocratie parce qu’il joue utilement son rôle d’interface entre les citoyens et ceux qui les gouvernent. Et c’est une démocratie représentative restaurée dans ses fondements.

Des territoires qui sont respectés dans leur diversité et parties prenantes de l’aventure nationale c’est également  le défi que nous avons à relever au travers de cette réforme..

En ce moment si particulier de notre histoire, qui voit les fractures nationales faire écho aux fractures internationales, qui marque le retour de la force comme instrument de la volonté politique et du populisme comme moyen d’accéder au pouvoir, nous devons trouver une voie étroite vers ce que les constituant de 1789, réunis alors pour la première fois ce même jour, avaient espéré de plus haut pour notre pays.

Coudre et recoudre la tunique unitaire déchirée ; tisser et retisser le lien social et politique en installant la liberté entre les hommes ; inventer et réinventer la règle et le consentement. L’unité d’un peuple, la solidarité, le droit, la juste représentation, une démocratie équitable, adaptée aux temps et au mœurs.

Telle est l’ambition que nous devons nourrir avec l’humilité de ceux qui savent que tout ne découle pas d’eux.

Telle est cette voix que le Groupe Modem au nom duquel je parle aujourd’hui souhaite faire entendre.

Voir l’article sur le site de nos parlementaires.

Romain Désiré dit Gosset

Président du Mouvement Démocrate de la Manche

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