François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, était ce matin l’invité de Jean-Pierre Elkabbach, dans la matinale de CNews. Nous vous invitons à revoir cette interview.

Vous êtes le bienvenu François Bayrou, merci d’être avec nous. Le général de Gaulle est en train d’observer, à l’Assemblée nationale, l’acte 1 du débat sur la révision de sa Constitution qui est engagé. Les élus sont aujourd’hui persuadés qu’Emmanuel Macron a un seul objectif : réduire la taille, le rôle, l’importance du Parlement et en même temps renforcer ses pouvoirs à lui.

Je pense que c’est une accusation sans aucun fondement. Réduire la taille, oui, parce que près de 600 députés pour un pays comme la France, et de sénateurs correspondants, fait que la voix des parlementaires n’est plus entendue. L’idée du président de la République, qui a été défendue pendant la campagne présidentielle, qui a été identifiée par les Français et soutenue par eux, est qu’une diminution du nombre de parlementaires donnera plus de poids à leur expression. Si vous regardez le Sénat américain, c’est 200 sénateurs pour 400 millions de personnes. Si on veut leur donner du pouvoir, des collaborateurs, si on veut que leur voix pèse, si on diminue le nombre de parlementaires de manière à ce que chacun ait un poids reconnu, alors le Parlement est renforcé.

 

Mais le pouvoir présidentiel est encore renforcé. Est-on encore dans la Vème République ?

En quoi ? La vérité est que le pouvoir présidentiel n’est changé en rien. Le pouvoir présidentiel est important en France car il est élu au suffrage universel, par tous les Français. Et c’est cela qui donne sa légitimité à la fonction présidentielle.

 

On reprochait à son prédécesseur François Hollande une présidence « normale » et voilà qu’on condamne chez Emmanuel Macron une présidence trop « verticale ».

Je ne dirais pas qu’elle est « verticale », mais qu’elle est rétablie dans sa légitimité. Ce que le président de la République a voulu, c’est que la fonction retrouve une aura, une force quand elle s’exprime, qui fasse qu’il ne s’agisse pas d’un homme politique comme les autres. Et c’est exactement ce que le général de Gaulle a voulu. Vous qui avez bien suivi l’Histoire de cette République, vous savez bien que pour le général De Gaulle, l’idée que le président de la République devait être extrait du jeu politique habituel, était une idée absolument centrale.

 

Avec ces 90 minutes à Versailles, le président de la République peut-il stopper les premiers signes de cette désaffection, de cette défiance à son égard ?

J’ai écouté le discours évidemment comme vous : il y avait dans ce discours ce que beaucoup d’entre nous demandaient depuis longtemps. C’est-à-dire la fixation d’un cap compréhensible par tout le monde. On voit bien que le mouvement de réformes était nécessaire pour rendre à l’économie française et donc à l’emploi français, sa puissance et sa force. Mais encore fallait-il savoir vers où se dirigeait ce mouvement de réformes. Ce qui a été dit hier par le président de la République, qui est évidemment pour moi très important, c’est qu’il y a un projet de société derrière ces réformes-là. Et ce projet de société est une réponse absolument déterminante pour chacun des français dans sa famille et pour la France par rapport au monde. Et ce projet de société là est qu’en France, on n’acceptera pas que le destin des gens soit commandé par leur naissance.

 

Il fait l’expérience du jeu de rôles classique, parce que tout de suite, les droites ont déploré, les gauches ont critiqué. Pour elles, Emmanuel Macron est en train de perdre la main, et n’apporte plus rien. 

C’est ce qu’elles voudraient, puis c’est le jeu politique classique – trop classique. Mais ce qui est frappant pour moi c’est qu’après ce discours hier, en réalité, les oppositions n’ont pas trouvé de critiques. Certains ont dit que c’était trop long. Ce n’est pas une critique majeure pour un président de la République qui vient devant le Parlement, une fois par an, pour s’adresser aux français au travers de ceux qui les représentent, et pour dire où l’on va, quel est le chemin. Il a mis 90 minutes : pour moi, ça les mérite.

 

Les oppositions accusent ce qu’ils appellent le « monarque en spectacle à Versailles », et lui – on l’écoute – fait d’une certaine façon, amende honorable. (extrait vidéo) Vous le connaissez François Bayrou. Il est sincère ou dans un rôle de composition ? 

Je pense qu’il est profondément sincère et que ce qu’il a dit là, tout président de la République peut le partager et surtout tous les Français peuvent le comprendre et y adhérer. Il est humble car il sait très bien qu’en un an, et que d’un seul lieu de pouvoir, on ne peut changer une société toute entière. On peut y contribuer, l’y amener, la motiver, la fédérer, la rassembler, on peut la conduire : ça c’est vrai. Mais on ne change pas tout en un an, donc cette humilité-là est naturelle, mais la résolution est absolument nécessaire. La volonté profonde de ne céder devant rien, de ne baisser le drapeau devant rien, de ne renoncer à rien, je sais avec certitude que c’est le fond de ce qu’il pense.

 

Après 14 ans de pouvoir, François Mitterrand disait « toutes les symphonies sont inachevées »… Les représentants de l’opposition l’ont défié, comme ils le faisaient avec les présidents Sarkozy et Hollande. C’est-à-dire les présidents parlent et ils s’en vont. Si en 2019, un amendement constitutionnel est voté, il permettra à Emmanuel Macron de rester, d’écouter et de répondre. Ca, vous l’aviez voulu dès 2009. C’est bien ou ça le met encore en difficulté, voire même en danger ?

En rien. Chacun a sa nature. Les présidents précédents n’avaient pas forcément envie de cet exercice. Mais comme vous l’avez dit, il relève le gant, il relève le défi. Il accepte la confrontation. Et, c’est dit aussi dans le discours, il vise haut. Il considère que son devoir, sa mission, est de viser haut pour le pays, pour sa fonction, et pour les Français.

 

Vous restez admiratif et très proche de votre ami. Mais là, l’équilibre des institutions n’est-il pas rompu : que devient le Premier Ministre ?

Le Premier Ministre a une mission essentielle, il conduit l’action du gouvernement, et il est responsable devant le Parlement.

 

Si, par exemple, il répond dans un Congrès à Versailles l’année prochaine, il met en cause sa responsabilité ?

Je vais prendre une comparaison avec votre métier : assez souvent, vous organisez des confrontations entre le président de la République et un panel de Français. Met-il sa légitimité en danger en faisant cela ?  Combien il est plus important qu’il accepte une fois par an de le faire devant les parlementaires élus par les Français !

 

Ce jour-là, il aurait devant lui les deux extrêmes – c’est peut-être son idéal – il aura dans la confrontation Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui lui, cette fois-ci, viendra.

Je ne fais pas de condamnations à priori, ni de différences. Je me bats pour mes idées, et parfois contre les idées que je trouve injustes. Cependant, ils sont élus par les Français. Ils représentent des millions de voix. Pourquoi n’auraient-ils pas droit à la parole ? Quel est cet univers dans lequel on veut enfermer le débat et la parole et empêcher qu’elle ne s’exprime ?

 

Pour sa deuxième année  à l’Elysée, Emmanuel Macron a fixé une priorité dans son discours d’hier : « construire l’Etat Providence du XXIème siècle ». On voit bien que la couleur de 2019 sera sociale. Dès le 17 juillet, il lance un grand dialogue avec tous les syndicats, et le Plan Pauvreté – qui était prévu pour juillet – sera présenté en septembre et appliqué en 2019. Le retard a provoqué quelques dégâts.

Il n’y a pas eu de retard. Il a toujours été prévu par le gouvernement que le plan serait appliqué à partir du 1er janvier 2019.

 

Il veut « tordre le cou aux racines » des inégalités, non pas de revenu, mais de destin. On l’écoute. (extrait vidéo) C’est pour ça qu’il veut lancer un nouveau contrat social pour le XXIème siècle. 

C’est pour ça qu’il a été élu. Si quelqu’un comme moi a mis autant de lui-même dans cette élection, c’est pour quoi ? L’école était en train de s’effondrer, car elle était mise en cause dans sa mission qui est de transmettre ce que nous avons reçu des innombrables générations précédentes et qui ont fait l’Histoire d’un pays. Et cet affaiblissement de la mission de l’Ecole, c’était la politique la plus antisociale qu’on pouvait trouver. Car si vous êtes d’un milieu qui n’a pas la chance d’avoir le pouvoir, la fortune, les relations, les réseaux, la culture… alors vous n’avez aucune chance de rattraper. Et ce qu’Emmanuel Macron a défini là – et c’est très important pour la France dans le monde – c’est une politique de lutte contre les inégalités croissantes.

 

Il évoque la laïcité, et selon lui il n’y a aucune raison d’être en difficulté avec l’Islam. Mais il y a une lecture radicale, agressive de l’Islam, dit-il, qui met en cause nos lois de pays et de sociétés libres. Toute la majorité, à laquelle vous appartenez, ne fait-elle pas preuve de naïveté, de candeur à l’égard de l’islamisme qui est en train de se développer ? Par exemple, même s’il veut donner un rendez-vous à l’automne à l’Islam et avec les Français musulmans, il y a urgence quand on voit l’intégrisme religieux qui est en train de s’afficher dans les banlieues en Seine-Saint-Denis, dans les Yvelines, dans le midi de la France, à Toulon, Lunel,… On peut être un peu inquiets, non ? 

On voit bien qu’il y a la confrontation entre l’idée que nous nous faisons de la France et de la République, qui est une idée dans laquelle tout le monde a sa place quelque soit sa foi ; et une autre idée qui est que la foi doit commander la loi. Cette idée est très minoritaire, mais évidemment très dangereuse, et profondément déstabilisante pour la France. Et c’est ce que le président de la République a annoncé hier ne pas pouvoir accepter. Et je suis sûr que l’immense majorité de nos concitoyens musulmans est d’accord avec cela. Ils ne voudraient pas qu’on leur impose une foi qui ne serait pas la leur et ils comprennent très bien que de ce point de vue-là, la France a décidé de défendre ses principes.

 

Les temps sont difficiles du point de vue européen, Theresa May perd deux de ses ministres, deux de ses poids-lourds, à cause du Brexit. Donald Trump est en Europe, il va se plaindre de l’Otan qu’il juge obsolète et inutile, il voit l’Europe en voie d’ « islamisation » et noyée sous les vagues migratoires. Faut peut-être lui changer ce qu’il a dans la tête à notre propos… 

Cette nature « baroque » du président des Etats-Unis place l’Europe devant ses responsabilités. Et on voit en quelques heures, la dimension de ces responsabilités. On voit du côté de la Grande-Bretagne ce qu’il en coûte de quitter cette Union. Et la décomposition du gouvernement anglais n’est pas autre chose que le reflet des difficultés immenses que présente la sortie de la Grande-Bretagne. Deuxièmement, Trump nous dit « occupez-vous des affaires qui concernent votre sécurité, votre vie,  moi je n’ai plus l’intention de m’en occuper ».

 

J’ai dit les temps sont durs et difficiles. Heureusement qu’il y a le foot ! France ou Belgique pour vous ?

Je vais regarder le match avec passion, je suis supporter comme tout Français moyen, mais j’ai des petits-enfants belges. Ils vont regarder le match avec beaucoup d’enthousiasme. Mais ils sont très jeunes. Ils s’en remettront quel que soit le résultat !

 

Merci François Bayrou.

Voir l’article sur le site du mouvement national.

Romain Désiré dit Gosset

Président du Mouvement Démocrate de la Manche

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