François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, était l’invité d’Audrey Crespo-Mara ce matin, dans la matinale d’Europe 1. Nous vous invitons à revoir cette interview.

Bonjour François Bayrou, vous avez prononcé hier après-midi en Bretagne un discours en clôture de l’Université de rentrée de votre parti : après avoir exprimé des doutes, demandé des preuves d’amour à Emmanuel Macron, le Mouvement Démocrate se pose en allié « loyal et exigeant ». Et vous, vous vous montrez critique un peu, mais pas trop ?

Je vais vous dire les choses très simplement : l’élection d’Emmanuel Macron a été un événement extrêmement important pour la France et la vie politique en France. On était bloqué depuis des décennies entre deux blocs qui se transmettaient le pouvoir de l’un à l’autre et c’était une alternance qui pour les français apparaissait comme désespérante. Et puis a surgi cette personnalité nouvelle et cette alliance que nous avons formée ensemble. C’est une promesse qui a d’abord rassemblé les français, deux Français sur trois au deuxième tour, puis a mobilisé l’espoir de beaucoup de gens. Les Français avaient de l’amertume et ils attendaient d’avoir de l’espoir. Il y a beaucoup de gens qui voudraient que cette « parenthèse », comme ils pensent, se ferme, qu’on en revienne aux anciens usages. Ce n’est pas ce qui est en train de se passer. Ce que le Président de la République et le gouvernement ont fait est très important, songez seulement à l’Education nationale… Des difficultés, il y en a, mais le plus important est de renouer le lien qui existe entre le Président de la République et les Français.

 

Et le lien entre vous et Emmanuel Macron, vous vous parlez souvent, est-ce qu’il vous écoute, vous ? Quand Gérard Collomb dit qu’il manque peut-être d’humilité, est-ce que vous trouvez qu’il vise juste ?

Je ne pense pas que Gérard Collomb ait dit ça : Il a dit « nous avons manqué d’humilité », c’est à dire l’organisation du pouvoir, le parti majoritaire, c’est ce qu’il veut dire. En tout cas on se parle, et forcément les deux parlent et écoutent. Je pense que c’est un homme qui a une conscience, et si ce n’était pas ce que je pense je ne le dirai pas, une conscience aiguë des changements nécessaires et bienfaisants qu’il faut apporter au pays pour que la rupture de ce qu’on appelle le « haut » et le « bas », mots qui sont évidemment absurdes, la base des gens qui travaillent, ou pas, qui sont à la retraite, et le sommet de l’Etat, que cette rupture se résolve.

 

Quand même, flotte un parfum de revanche. Au Mouvement Démocrate, on est requinqué depuis la candidature remarquée à l’Assemblée de Marc Fesneau qui face à Richard Ferrand a rallié une trentaine de Marcheurs. Présenter un candidat Mouvement Démocrate face à un candidat LREM c’était une marque de défiance de votre part ? Une manière à Emmanuel Macron de rappeler que votre avis comptait ?

J’ai toujours vécu l’engagement politique avec une règle qui est qu’on a besoin de voix libres. L’idée qu’il faut être enrégimenté et que tout le monde doit s’aligner et que personne ne doit dépasser aucune idée, aucune proposition, aucun sourire, aucune colère est une idée que je récuse. Je suis pour le pluralisme en France et dans la majorité.

 

Et puis la passe compliquée d’Emmanuel Macron vous redonne aussi du tonus et du poids dans la majorité.

Je n’ai jamais perdu le tonus mais c’est absolument nécessaire que les Français trouvent du relai dans le débat national pour porter la voie, les inquiétudes, les attentes ou les enthousiasmes qui sont les leurs. Les voies libres ne disent pas seulement ce qu’elles ont envie de dire, ce sont aussi des voies qui disent ce que les français ont envie de dire.

 

Le député Mouvement Démocrate Jean-Louis Bourlanges trouve que vous êtes « trop gentil » avec Emmanuel Macron. C’est votre côté chrétien, on vous donne une gifle sur une joue vous tendez l’autre ?

Je crois que vous vous trompez mais il a dit ça d’abord pas pour moi mais pour nous, il y a quelques semaines, donc vous voyez que vous tirez les choses. Il ne s’agit pas d’être gentil ni méchant, il s’agit de faire entendre à ceux qui exercent les responsabilités du pouvoir d’autres réalités que celles qui tournent en boucle dans ce qu’on appelle les éléments de langage. Il y a un pays, des femmes, des hommes, un ensemble qui a toute une histoire, qui a besoin qu’on prenne en charge à la fois ses problèmes et ses raisons de vivre, et c’est pour ça que nous sommes là.

 

Hier, vous avez appelé Emmanuel Macron à prendre la parole devant les Français pour rappeler le sens de son action. En attendant, il promet une baisse d’impôts de six milliards d’euros en 2019. Faut-il le croire alors que l’exécutif a affirmé n’avoir augmenté aucun impôt en 2018 ? C’est faux ?

Je ne sais pas comment vous pouvez dire que c’est faux car par ailleurs il y a eu baisse d’autres choses, de la taxe d’habitation par exemple que les Français vont recevoir chez eux. Il ne faut pas être péremptoire dans la manière dont on s’exprime. Il ne pourra y avoir de baisse réelle d’impôt que le jour où les dépenses publiques baisseront. Elles ne baisseront que le jour où on aura une réforme de l’Etat, de notre organisation publique, qui est, il est vrai, pas assez efficace pour un prix trop lourd.

 

 

Il y a plus d’un an, on vous voyait quitter le Gouvernement dans lequel vous veniez d’entrer. La Justice ouvrait une enquête préliminaire pour soupçon d’emploi fictif d’assistant parlementaire. Mais depuis, plus rien : ni mise en examen, ni audition vous concernant. Avez-vous trouvé la réponse à la fameuse question « qui m’a tué ? ». 

Je ne veux pas vivre dans la théorie du complot, qu’il y aurait des mains noires qui organisent et dirigent les choses même quand elles sont incompréhensibles, et donc par hygiène personnelle, par volonté de vivre sans obsession, je ne me pose pas ce genre de question.

 

Entre nous, on dit que vous rêvez secrètement du poste de Premier Ministre et que c’est pour ça que vous épargnez encore Emmanuel Macron. Est-ce vrai ?

Vous vous trompez complètement. Peut-être avez-vous du mal à comprendre cela parce que vous imaginez qu’il n’y a qu’à Paris qu’on puisse être responsable politique réalisé et heureux, mais ce n’est pas vrai : j’ai des responsabilités locales, à Pau, en Béarn, dans les Pyrénées, dont je suis extrêmement heureux. Deuxièmement, je ne crois pas que les institutions se prêtent à des changements fréquents de Premier Ministre. Je pense au contraire que l’entente entre le Premier Ministre et le Président de la République, le fait qu’ils se respectent mutuellement, est une des clés de la Vème République. Et donc je ne crois pas, ne spécule pas, et ne veux pas le genre d’hypothèse que vous envisagez.

 

On verra si Emmanuel Macron vous le demande un jour ! Merci François Bayrou.

Merci.

Voir l’article sur le site du mouvement national.